Autobiographie Politique d’Anthony B. PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 16 Mai 2011 08:58

tonio(mardi 15 avril 2008)

Actuellement au Pavé...

Antony était, militant animateur au Claj de Brest, ancien Lézards Politiques (avec Jérôme Guillet), investi dans la recherche-action "Réinventer l’international / Education au politique" en Bretagne 

L’enfance

"Je suis de Touraine. Je viens d’un milieu très populaire, ma mère a 15 frères et sœurs, mon père en a sept, d’un milieu très rural, et sur ces 2 fratries, mes parents sont des quelque uns qui sont "montés à la ville". Ma mère étant enceinte (de moi) à 17 ans, mon père est devenu militaire, pour avoir des garanties de salaire. Ma mère est devenue quelques années plus tard femme de ménage, fonctionnaire, au domicile de fonction du général de la caserne où travaillait mon père. Puis mon père s’est retrouvé dans une charrette de licenciement de l’armée et est devenu gardien d’immeuble.

J’ai grandi dans une petite cité, une cité de fonctionnaires, et nous avions des cours d’anglais en primaire. J’étais très bon élève, j’étais sage, ma mère m’a fait faire mes devoirs tous les soirs jusqu’au CM2. La pharmacienne que ma mère respectait beaucoup lui a dit que pour avoir un avenir digne de ce nom, surtout si on est très bon à l’école, il fallait faire allemand première langue, en sixième. Ma mère a écouté la pharmacienne et ma vie a basculé le jour de ma rentrée en sixième. Je me suis retrouvé dans un lycée énorme, et en allemand première langue. Tous les copains avec qui j’avais grandi en école primaire et qui étaient donc fils d’ouvrier, de petits fonctionnaires, faisaient anglais, et j’étais seul à faire allemand. En allemand, je me suis retrouvé avec une classe quasi-entièrement issue de la banlieue riche de Tours. Ils avaient tous des maisons et souvent, piscine, sauna, ou jacuzzi. Je me suis retrouvé projeté dans un milieu bourgeois.

J’ai fait une découverte qui a transformé ma vie : chez les bourgeois, on vit mieux que chez les prolos, au niveau qualité de vie supérieure et au niveau relationnel…Chez moi, ça gueule, ça braille, sans qu’on s’engueule, mais on se coupe la parole. En arrivant chez les copains, je m’apercevais qu’ils se parlaient doucement avec leurs parents. Je me suis dit : "c’est comme cela qu’il faut vivre". Comme à cet âge-là tu t’adaptes très facilement, cela n’a pas été dur, je me suis approprié ce milieu. Et toute ma vie j’ai été entre ces deux "cultures", mes copains bourgeois, qui, même mauvais à l’école, sont devenus cadres, et mes copains de primaire, devenus au mieux ouvriers supérieurs. Depuis la sixième, j’ai une vision dualisée de la société : "la classe moyenne" n’existe pas. Il y a les prolétaires et les bourgeois. Dans ma classe, en revanche c’était une évidence dès la cinquième qu’on allait faire "prépa". D’une part, j’avais honte de mes parents, et d’autre part j’avais conscience que mes parents me portaient aussi probablement vers cette ascension sociale, et que j’avais toujours rêvé de cette ascension sociale : depuis la cinquième, je voulais devenir directeur des ressources humaines, ingénieur informatique, des choses comme cela qui sont à des milliards d’années-lumière de ce que tout le monde fait dans ma famille.

Le fait pour moi d’avoir mon bac me plaçait déjà dans l’élite familiale ; très haut même, puisque j’ai eu mon Bac C. Étant entré à l’université de Sciences Économiques, j’étais l’intellectuel de la famille. Alors que les parents de mes copains de lycée vivaient plutôt comme un échec que leurs mômes soient à l’université. La Fac de Science Eco

Dans nos travaux dirigés, il y avait toujours deux variables : L et K. L était le travail en heures et K le capital en francs. Et il m’est devenu apparent, transparent, flagrant, que la solution à nos exercices, était systématiquement d’augmenter K et de diminuer L. C’était très mathématique, on ne se posait pas de questions, on était en première année. C’étaient les bases, les règles, les modèles économiques. Il n’y avait aucune application concrète à ce que l’on apprenait. Il faut les appliquer, c’est le programme du DEUG, ensuite, nous verrons comment les appliquer, programme Licence, Maîtrise.

J’ai repiqué ma première année et c’est en revivant les cours de l’année passée que j’ai eu cette révélation : "C’est quoi ce truc qui dirige le monde dans lequel il faut toujours augmenter K et diminuer L ? Si ça veut dire virer des gens pour augmenter les bénéfices des actionnaires, je ne marche pas". Comme je suis à la fac, je fais ce que je veux de mon temps, contrairement au lycée. Sans être spécialement rebelle, j’en profite pour sécher les cours, et découvrir plein de trucs : l’escalade, le jonglage, et le travail.

Mon premier travail à 17 ans, c’est cueillette des pommes. C’était physique, fatiguant, à vous donner des vertiges -il faut dire que je me couchais à quatre heures du matin pour me lever à six. Pourtant, c’était une exploitation familiale peu portée sur le rendement. Je ne voyais pas franchement l’intérêt de bourriner pour être payé de la misère, mais bon, il fallait le faire, comme un devoir moral, pour faire comme tout le monde, et pour payer mon permis de conduire…Je n’avais pas de passion spéciale à ramasser des pommes. J’ai battu le record de lenteur de l’exploitation (dixit le patron) et je me suis fait viré. Mes parents en ont été très inquiets et se demandaient ce que j’allais faire de ma vie si, déjà là, je n’étais pas capable de faire un travail aussi simple qu’un petit job d’été de 15 jours. Vers l’éducation populaire

Je passe mon BAFA. Le stage de base dans un organisme tendance facho, le CFAG (Centre de Formation des Animateurs Gestionnaires). Cours magistraux, couvre-feu, propreté du cahier notée et examen jeu, chant et danse le dernier jour du stage. Rien de très passionnant, mais je me dis qu’il faut en passer par là. C’est mon stage pratique qui va me faire décoller. La directrice est jeune (21 ans), et elle a envie de bousculer ce centre qu’elle connaît par cœur. L’équipe est très jeune (18 ans) et elle l’a fait exprès pour créer de la cohésion entre nous. Je prends des initiatives dans tous les sens, je découvre une pédagogie, des choix de fonctionnement, une relation animateur - enfant que je n’ai jamais connu dans toute ma carrière de public de centre aéré.

Je passe mon perfectionnement avec les Francas, et je découvre une pédagogie ouverte et responsabilisante, je deviens bénévole Francas, militant Francas, administrateur départemental et régional Francas Je découvre le milieu de l’animation professionnelle, et je me dis que ce travail est plus intéressant et définitivement plus rigolo que DRH ou ingénieur en informatique.

Et je découvre ma réelle ambition professionnelle : être heureux de me lever le matin pour aller travailler. Peu importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse. C’est très violent, parce que j’abandonne quelque part mon rêve d’ascension sociale, qui m’a construit et porté jusqu’en fac. Je renie ce en quoi je crois depuis 10 ans : mon ambition de devenir cadre supérieur. Mais ce parcours m’a permis de comprendre l’origine des différences entre eux et nous, entre ceux qui deviennent cadre sup’ et ceux qui deviennent ouvriers. Je peux passer pour un des leurs, je sais comment faire. Par exemple, ne plus regarder TF1.

J’ai discuté pendant des heures, des mois, des années, avec ma mère pour qu’ils arrêtent de regarder TF1 parce que c’est un outil de domination. Jusqu’à ce que ma mère me dise le plus honnêtement du monde que quand elle rentrait du taf après huit heures d’un travail de merde, elle ne voulait pas chercher à s’informer avec les machins d’Arte, mais qu’elle regardait la télé pour se vider. Sans trop savoir comment, je voulais agir sur cela : permettre à mes parents, et à tous ceux dans leurs cas, de prendre conscience de leurs situations, de s’émanciper de ce qui les empêchent de se réaliser, de leur expliquer la répartition de la plus-value entre le capital et le travail, les raisons des connivences médiatiques, économiques et politiques, bref de travailler à déconstruire les conditions de leur soumission au capitalisme. Le DUT Carrières Sociales

Je me rends compte que l’éducation populaire, c’est le nom de la discipline qui s’occupe de ça. Alors je pars pour faire le DUT "Carrières Sociales". C’est durant cette formation que je vais prendre du recul. Je vais comprendre, mettre des mots sur mon parcours. Ce qui m’a viscéralement poussé à faire de l’éducation populaire, c’est la volonté de faire prendre conscience à mes parents, c’est-à-dire à la classe populaire, qu’il ne faut pas rêver à un statut bourgeois, que ce n’est pas par les circuits classiques d’ascension sociale qu’ils arriveront à cette qualité de vie à laquelle ils n’ont jamais eu et n’auront jamais droit.

Le travail social, c’est non seulement différent de l’éducation populaire, mais que c’est précisément l’inverse. Il s’agit d’un vaste programme d’actions destinés aux pauvres permettant, au mieux, de leur offrir des moments d’oubli de leurs conditions (l’animation socioculturelle), au pire, d’accroître leur compétence à se soumettre au capitalisme pour en retirer quelques miettes prises à ses semblables (l’insertion), jusqu’à prendre en charge en vue de le modifier le comportement des récalcitrants, voire des réfractaires à cette logique (l’éducation spécialisée). C’est caricaturalement dit à la hache, mais le discours capitaliste à l’œuvre dans le social de restructuration du lien social (qu’est-ce qui le déstructure ?), de prévention (de quoi faut-il prévenir ?), d’accompagnement vers l’emploi (vers quels emplois ?) et autres soutiens aux exclus (exclus par qui, par quoi ?) est, pour moi, bien plus violent et caricatural encore. Ce discours et son application seront les découvertes de mes deux premiers stages : un foyer occupationnel pour personnes suffisamment handicapés pour ne pas travailler en CAT mais pas assez pour être en hôpital psychiatrique et un centre d’accueil pour mineurs délinquants multirécidivistes, une prison ouverte en pleine montagne où le projet éducatif consiste à redresser ces jeunes par la pratique de "sports à dépassement".

Le troisième se fera au Viel Audon, communauté rurale ardéchoise entièrement construite par des chantiers de volontaires et réinventant des modes de vie autonomes et en harmonie avec son environnement. C’est la découverte qu’un autre monde est non seulement possible, mais qu’il existe déjà !

En fin de formation, il faut faire un petit mémoire. Le mien s’appelait : "De la crise de l’emploi à la pluriactivité, une remise en cause de la valeur travail". Il me permet de prendre conscience que je ne veux pas travailler, ni dans le travail social, évidemment, ni ailleurs. Je refuse de vendre ma force de travail, je souhaite la donner. Les Compagnons Bâtisseurs

Je réfléchis au volontariat, à des formes alternatives au travail salarié : je deviens volontaire long terme en tant qu’objecteur de conscience chez les Compagnons Bâtisseurs. Je me retrouve à Marseille, et je travaille sur un projet qui consiste à aider les familles en difficulté à retaper leur habitat. Je me retrouve pendant un an et demi à faire de la plomberie, du carrelage, de l’électricité alors que je ne sais pas me servir d’un tournevis quand j’arrive.

Moi, qui viens du travail social, ce qui n’est pas le cas des autres volontaires, me retrouve en bleu de travail, avec des familles en difficulté. Je découvre et je vis des relations avec ces familles qui me disent tout de leur vie, entre le "passe-moi le sel" et "passe-moi une clé de douze". Je vois nettement la différence avec ce qu’ils en disent à un travailleur social. Je vais aussi passer ces 2 ans au milieu du collectif des volontaires long terme, une quinzaine de personnes de 18 à 40 ans de tous les pays, ayant décidé de donner leur temps sans exiger d’argent (on avait logement de fonction et indemnités de 2300 Francs par mois) mais du sens à leur action, ayant décidé de vivre en colocation en équipe de 2 à 5 volontaires dans chacune des associations. Il y en a 5, Rennes, Saint Brieuc, Tours, Castres et Marseille. C’est surtout un collectif sans cesse renouvelé qui choisit de construire horizontalement son fonctionnement : choix des affectations, caisse de solidarité, transmission de savoirs sur le terrain et organisation de stages techniques (sur le chantier), interculturels (préparation à l’animation de chantiers) et sociaux (relation avec des familles en difficulté). Vers l’international

Je vais animer 4 chantiers internationaux de bénévoles (c’est le rôle des volontaires long terme pendant juillet et août). Un chantier, c’est 12 jeunes du monde entier de 17 ans et plus, réunis pour 3 semaines dans un village avec pour objectif officiel de réaliser un travail utile pour la commune ou une association de la commune. Les motivations sont diverses : visiter autrement un pays, se rendre utile en y travaillant, s’autogérer sur la vie quotidienne, faire du tourisme à pas cher, vivre une expérience à minima multiculturelle, voire s’offrir une expérience amoureuse internationale.

Je vais, tout le reste de l’année, travailler avec et chez des familles africaines vivant dans les quartiers nord de Marseille, avec et chez des vieux marseillais du centre ville et avec et chez des paysans surendettés de l’arrière-pays. Je vais découvrir de nouveaux publics, invisibles même aux travailleurs sociaux : des personnes qui vivent sans eau courante ni électricité, une petite vieille qui vit sans eau chaude depuis plusieurs mois parce que son chauffe-eau s’est éteint, des familles où on pose tous les soirs un matelas dans la cuisine pour que tout le monde puisse dormir…

Je vais découvrir aussi le quartier de Belsunce où j’habite, un quartier multicolore et très exotique dans lequel j’apprécie cette vie où des Arabes discutent dans la rue en permanence… jusqu’à ce que j’apprenne que ce sont pour la plupart des sans-papiers ou de toutes façons sans droits, exilés depuis peu ou depuis toujours, habitant chez des marchands de sommeil (des proprios qui louent hors de prix des apparts insalubres dans lesquels s’entassent des familles entières) parce qu’ils n’ont aucune autre possibilité. Les marchands de sommeil louent aux hommes seuls, une grosse partie des habitants du quartier, un lit pour 8h par jour, ou autrement dit, louent chacun de leur lit 3 fois. D’où ces Arabes toujours présents dans la rue.

Une fois mon objection terminée, je décide de profiter de l’occasion d’être totalement libre et sans loyer pour faire un voyage. Je souhaitais depuis longtemps faire un expérience interculturelle forte (aller chez des très pauvres) mais où ? J’ai pris les billets les moins chers pour aller très loin. J’avais le choix entre le Brésil et l’Inde. J’ai dû faire pile ou face. Je suis parti 2 mois en Inde. Ce voyage va me permettre de comprendre que la question de l’international n’est pas "comment aider les pays du sud ?" mais bien "comment les forces progressistes au Nord peuvent s’enrichir, pour leurs luttes propres, des expériences menées au Sud et réciproquement ?". Je vais y découvrir un capitalisme des plus exacerbé (des points internet dans les villages les plus reculés, du coca en vente dans des endroits où il y a peu ou pas d’eau…) avec une soumission des classes populaires à leur condition par le système des castes.

Je vais comprendre à quel point je suis athée mais aussi à quel point la question n’est finalement pas religieuse ou culturelle mais politique. Il m’a suffit pour ça de discuter avec des personnes engagées dans la reconnaissance des intouchables ou pour les droits des femmes. Bref, TF1 et l’hindouisme, mêmes constats, mêmes effets. Ces personnes et moi livrons le même combat et sommes convaincus de la même nécessité : que les marchandises arrêtent de circuler (rendre la souveraineté alimentaire à tous les peuples) et que les idées, c’est-à-dire les femmes et les hommes, puissent, elles, se mettre à circuler.

Mes actions collectives Je crois que l’éducation au politique est un processus lent et long. Sans avoir approfondi plus que ça, il me semble qu’à mon retour en France, j’ai décidé de construire réellement des actions en cohérence avec mes réflexions. Il s’en est suivi les expériences suivantes, qui m’ont amené, toujours par le jeu du hasard des rencontres, si je me permettais encore de parler de hasard à la recherche-action. J’ai choisi de décortiquer le sens de chacune de ces actions et ce qu’elles portaient de transformation sociale. Cette partie est encore à approfondir, notamment par les sentiments que j’ai traversé au cours de ces actions, l’analyse que j’en ai tiré, l’évolution de mon positionnement politique d’un côté et les limites de chacune de ces actions de l’autre. La Caravane

De retour en France, je décide de creuser une idée, qui a germé durant mon DUT avec un collègue, Jérôme Guillet : partir en caravane avec un bricolo, une femme au foyer, un instit en retraite… se balader de ville en ville, et proposer sur notre passage de diffuser et de permettre à chacun de se réapproprier les savoirs de base nécessaire pour s’autonomiser et n’être plus ou moins dépendants de l’économique. En vrac : des cours de mécaniques sur un parking de supermarché pour apprendre à faire sa vidange tout seul, un cours d’électricité sur une place publique pour apprendre à changer un fusible, faire des courses au supermarché et y étudier les techniques commerciales…

Objectif : redonner aux classes populaires leur savoir. Difficulté : trouver des gens capables de laisser taf et vie sociale et familiale pour partir deux ans vivre en caravane Stratégie : créer quelque part une bande prête à expérimenter ce genre d’interventions, pour se fabriquer les compétences nécessaires à une telle entreprise. Le mouvement donnant la direction, ça nous rapprochera bien de notre objectif.

La bande en question, ce sont des formateurs - animateurs de STAJ Touraine et plusieurs de leurs copains qui ont envie d’appliquer leurs méthodes d’éducation populaire testés en stages BAFA et dans les CVL (anciennement colos et centres aérés) aux adultes, au tout public. Je choisis donc de devenir Rmiste, pour avoir le temps libre nécessaire, et complète mes revenus en étant animateur de chantiers internationaux de volontaires et formateur d’animateurs au sein de l’association Concordia et formateur BAFA - BAFD au sein de l’association STAJ Touraine. Je vais trouver dans ces associations de quoi affermir mes convictions, les faire vivre, les enrichir, les remettre en cause…

La formation BAFA - BAFD

STAJ Touraine a créé, à mon sens, une école de pensée sur l’éducation populaire. J’y ai déconstruit le rapport au savoir, ainsi que le rapport au pouvoir. La première chose que l’on demande à un formateur BAFA est d’être au clair quant à l’autorité que lui confère ce rôle sur un groupe soumis à priori au formateur, censé détenir le savoir. Ce sont des pistes que j’avais ébauchées lorsque j’étais aux Francas, mais je me sentais alors bien seul. J’ai pu y épanouir mes réflexions et mon positionnement pédagogique et politique, parce que ces positions ont trouvé dans cette association une caisse de résonance.

Il est évident que les stages BAFA – BAFD démarrent sans planning et que chaque journée est construite la veille au soir en fonction de ce qui s’est vécu la veille. Les stages sont clairement politiques : il s’agit de construire collectivement le stage (avec les stagiaires), en étant également en autogestion sur la bouffe et l’entretien. Les savoir affectifs sont valorisés, des temps de ressenti permettent quotidiennement d’évacuer les tensions. Il s’agit de réfléchir au rôle d’un centre de loisirs dans l’émancipation des enfants. J’ai pu et j’ai été encouragé à ce que ces stages soient des lieux pour réfléchir au sens d’un planning, du système des tranches d’âge et de la notion d’activités, bien plus qu’un apprentissage, même participatif, d’un répertoire de jeux et de chants.

Ces stages BAFA sont la preuve que réfléchir et débattre sur des sujets de société, sur le sens de leur travail et sur l’autogestion de leur groupe intéressent les stagiaires, généralement très surpris qu’on leur demande leur opinion, voire qu’ils en aient une. Je vivrai les mêmes expériences et j’arriverai aux mêmes conclusions avec des enfants de tous âges et tous milieux au travers de mes expériences en centres de vacances et de loisirs, principalement dans le cadre de mes stages pratiques BAFD.

Mon projet phare sur ces 2 stages sera l’instauration d’une mini-ville, c’est-à-dire de créer différents espaces : la poste, le salon de coiffure, la radio, l’agence de voyages, la banque… gérés par des enfants et régulés par un conseil municipal élu chaque semaine. Les animateurs sont responsables d’une tente (de 6 à 12 enfants de tous âges et des 2 sexes) pour la vie quotidienne et d’un espace qu’ils doivent enrichir en lieu et place des activités : espace création (avec tous le matos "activités manuelles"), espace prise de risque (une grange avec une bonne couche de paille au sol et des cordes et des pneus pour mieux sauter dedans), espace nature et espace calme (ordinateurs, jeux de société et bouquins), et par ailleurs, un animateur volant, libre de ses mouvements et disponible pour partir sur le champ chez le docteur ou sur le coin de pêche à 2 km.

Les enfants vont et viennent comme bon leur semblent entre leur "travail" et les espaces. Les réunions du soir servent principalement à discuter des enfants, des amitiés qui se font et se défont, de leurs chagrins et de leurs trouvailles pour faire évoluer nos espaces et notre organisation.

Lézards Politiques

Ce collectif de formateurs BAFA, dont Jérôme et moi-même, et plusieurs de nos copains, décidons de fonder l’association Lézards Politiques. Notre envie : s’essayer à construire des rencontres accidentelles, c’est-à-dire avec tous types de personnes (des vieux, des mômes, des gens de droite, des baba-cools, des accros à la conso…) sur les sujets qui méritent débat, ce qui ne manque pas : la pub, le foot, la consommation, le rap, la bouffe, la politique, les rapports de genre… Concrètement, ça donnait (quelques exemples) :

  • des extraits de textes de rap recopiés sur des grands panneaux et exposés dans un parc où des vieilles venaient promener leur caniche et nous parler de leurs rapports avec leurs petits-enfants qui écoutent du Rap,
  • des dégustations de poule au pot dans une galerie commerciale où des cadres discutaient de leur cuisine lave-vaisselle – micro-ondes,
  • des affichettes A4 accroché sur les pubs dans les abribus du type : "si tu achètes ce produit, tu deviendras bonne, comme moi" sur des pubs de lingerie, où nous avions le soutien de nombre de dames respectables qui subissent le diktat du corps.

Chacune de ces actions donnaient à chacun de nous (nous étions une vingtaine de lézards) l’opportunité de créer de nombreuses discussions à 2 ou 3 pendant 5 à 10 mn avec des passants. Dans Lézards Politiques, on était une vingtaine de tous horizons, on avait réussi à intégrer des jeunes des quartiers, qui venaient dans cette association pour parler avec des vieux dans la rue, c’était un rêve éveillé.

Ce rêve éveillé était double. Se rajoutait à la magie de nos rencontres notre fonctionnement interne. Nous allons réinventer toutes les règles d’une association. Nous fonctionnerons en assemblée générale permanente, sans CA ni bureau, avec un représentant légal tiré au sort. Nous décidons de ne jamais demander l’autorisation d’occupation de l’espace public, de ne pas parler aux médias dominants, dont le journal local, La Nouvelle République, et de fonctionner sans argent, sur la base de la récup et du don.

Nous nous réunirons donc tous les mercredis pendant plus d’un an pour des soirées longues, conviviales et joyeuses. Des jeux de pouvoir ne manqueront pas d’apparaître, ces réunions seront largement autant consacrées à déconstruire nos relations qu’à décider de la suite de nos actions.

Nos principes d’animations découverts sur la route :

  • Occuper l’espace public, parce que ce sont les seuls endroits où on peut rencontrer tout type de personnes.

Nous apprendrons à décoder les espaces publics, voir comment ils sont organisés dans l’espace urbain, comment ils sont structurés pour éviter l’échange humain et dédiés au commerce, comment ils sont utilisés à différentes heures par différents publics…

  • Y poser un attrape - gens, c’est-à-dire un truc, un bidule, un chnoufou, qui permet de donner le droit aux gens de s’arrêter.

Nous apprendrons ce qui permet de retenir l’attention des passants, le type de mots, le type de polices, le type de supports… de la banderole de 5m accrochée à un arbre aux petites étiquettes cachant les prix des produits dans les supermarchés. Nous nous définirons comme des publicitaires (" mettre sur la voie publique") politiques et réclamerons la libération des publicitaires de la logique commerciale et de l’appropriation par tous, et surtout le milieu militant, de leurs outils et savoirs

  • Raconter une histoire sur le type biographique qui donne un point de vue subjectif et décalé sur un sujet de société ; utiliser l’humour et la dérision

Nous nous rendrons compte que donner un point de vue sur un sujet nous force à prendre une position de prof et oblige les passants à se retrouver en position d’élève. Ce qui fait fuir les "non-convaincus" d’une table de presse ou d’un stand associatif, c’est sa certitude que s’il approche, on va lui expliquer comment il faut penser et pourquoi il est important de se mobiliser sur ce sujet. Nous opposerons à cette logique celle d’un point de vue nettement subjectif et personnel, c’est-à-dire souvent une forme autobiographique, à laquelle chacun est convié à y opposer sa propre expérience personnelle quant à ce sujet.

  • Finir en posant des questions plutôt qu’en proposant des réponses

S’il y a bien un point commun à nos interventions, c’est de finir par de grandes questions très incisives, tranchantes et si possible drôles, de celles qui poussent les passants à s’arrêter pour nous dire que, quand même, ils ont un truc à nous dire…

  • Ne pas signer ce qu’on fait

Ce qui interpelle : on ne cherche à priori ni argent, ni signature, ni reconnaissance, ce qui est étrange et donne envie d’en savoir plus. La première question qui nous est posée est souvent : " - Mais qui êtes-vous ? - Des gens qui cherchons à discuter de ça parce que ça nous semble important -Et c’est tout ? Juste pour en discuter ? - Ben ouais - C’est très bien, vous avez raison, on ne se parle plus de nos jours"

  • Offrir à boire, à lire…

Nos interventions étaient toujours accompagnées d’un bar (une structure de lit superposés pour enfants recouverte de planches ou une planche à repasser) où nous proposions gratuitement thé, menthe à l’eau, journaux. Ces propositions permettaient à nous et à ceux qui le désiraient d’avoir une raison de rester dans les parages, d’attendre un début de discussion pour se lancer dedans. D’ailleurs, une fois installé un passant ne pouvait distinguer un lézard d’un autre passant, ne pouvait savoir quelles étaient les personnes responsables du machin présenté là.

  • Créer des rencontres interpersonnelles

Nous nous approchons de ceux qui ont l’air intéressé par notre attrape-gens et engageons la discussion de manière interpersonnelle : un seul débat à 150 personnes sur 3h, c’est très peu de temps de parole pour chacun, c’est un débat qui ne peut dévier sur un autre, c’est réserver la parole à ceux qui osent la prendre. Nous avons remplacé ce dispositif de débat public par une quinzaine de discussions de 5mn à 20mn, entre un lézard et un ou quelques passants.

  • Récupérer leur parole, leur avis et le remettre en scène dans l’espace public.

Nos dispositifs évoluaient souvent pour s’enrichir du point de vue de passants, en audio, en vidéo, sur un carnet, sur des petits panneaux disposés ici et là ou en géant sur des banderoles. Cette pratique s’est développée au fil de nos expériences pour prendre une place centrale, parce que ces paroles étaient plus fortes que les nôtres, parce que les gens lisaient ces avis en premiers, parce que c’est le besoin le plus flagrant auquel nous ayons répondu, parce que c’est la pratique la plus dangereuse pour l’ordre social, c’est accepter de lâcher prise sur le contenu pour se centrer sur la forme et la qualité de ces rencontres. C’est ce que devrait être le métier d’animateur socioculturel. Mais les gens ne pensent pas souvent comme il faut…

Sur une période d’un an, nous allons construire une vingtaine de dispositifs, faire une cinquantaine d’interventions, pendant lesquelles nous allons ressentir une jubilation qui ne démentira jamais : tout le monde est avide de rencontres, affamé de débat public, de confronter son avis, heureux de s’enrichir d’autres points de vue, et de découvrir des modes d’action collective et joyeuse. Nous nous sentons, et moi le premier, tout puissant dans notre capacité à créer du décloisonnement social et de la réflexion politique avec n’importe qui et sur n’importe quel sujet, tant de manière profonde et sur la durée (en interne), que dans nos interventions auprès de n’importe quel public.

Paul & Mickey

Et maintenant ? Je décide avec mon collègue de la caravane, d’essayer d’installer nos pratiques dans le long terme et sur un petit territoire, alors que Lézards Politiques agissait sur la Ville de Tours et ne cherchait pas, ne pouvait pas, recroiser ceux déjà rencontrés. On s’installe dans un village, à 15km de Tours, et on fonde l’association Paul & Mickey. On était soutenu par le conseil municipal, on a travaillé avec le groupe d’habitants qui lançait un foyer de jeunes, on a proposé une déco foot dans le bar, une soirée Brel - Ferré – Brassens dans la salle des fêtes… On a plaqué nos concepts sur le monde rural. Dans un village, beaucoup se déplacent que s’ils connaissent ceux qui font l’animation. Ils ne viennent pas comme cela, sur un truc culturel sorti d’on ne sait pas où, porté par deux jeunes. On pensait que les gens seraient très preneurs, mais personne ou presque n’est venu aux animations que nous avons proposées. Pourtant nous avions des stratégies de communication rodées ! Nous étions acceptés par beaucoup mais quand on arrive dans un village, ce n’est pas pour y rester 1 an. Il faut inscrire son action dans la durée. Il est logique que modifier des comportements et des mentalités prennent des années. Nous nous sommes rendus compte, lui et moi, que nous ne souhaitions pas nous installer durablement à Saint Antoine du Rocher. Cela s’est arrêté au bout d’un an et demi. J’arrête cette collaboration – co-location et décide de m’installer à Rennes avec Claire, ma copine depuis déjà 2 ans qui habite et travaille à Rennes. Pour commencer cette nouvelle vie, je décide de travailler. Je me sens sûr de moi, je viens de l’IUT carrières sociales, j’ai un diplôme et mon parcours m’a donné des compétences : je n’aurai aucune difficulté à travailler dans mon secteur. Je daigne travailler en maison de quartier ou autre centre social : aucune de mes candidatures ne m’amènera à l’entretien. Je demande pourquoi et je comprends que vu de mon CV, j’ai 27 ans, RMIste et sans expériences professionnelles : je n’ai aucune valeur sur le marché du travail. Le Claj

4 mois plus tard, j’étais embauché au Claj. Concrètement, le Claj met en place des actions collectives visant à s’émanciper du modèle que la société nous propose : consumériste, individualiste et excluant. L’idéologie, c’est de se libérer des contraintes que la société capitaliste fait peser sur nos vies et nous empêche de nous réaliser. Il faut choisir : être libre, ou se reposer. Le projet associatif du Claj, c’est de soutenir et créer toutes alternatives au capitalisme. Ces alternatives prennent souvent la forme de réseaux, de circuits courts, permettant de mettre autour de la table producteurs et utilisateurs. Ces réunions, longues, lentes et fréquentes, permettent de remettre du sens dans différents aspects de notre vie de tous les jours.

Voici les différentes actions collectives auxquelles j’ai participé depuis mon arrivée au Claj :

  • l’information : Le Claj est devenu un point de diffusion de Co-Errances, et a ouvert son infokiosk. Il s’agit de reprendre en main nos sources d’information et de soutenir la production d’information en dehors de la sphère marchande. Des dizaines de brochure inondent maintenant le Claj, elles sont à prix libre et photocopiables.
  • l’alimentation : Le Claj reçoit tous les jeudis des paniers commandés à l’avance à un jeune producteur qui s’installe en bio, qui travaille en traction animale, qui recréé des talus… Nous mangeons ses légumes, nous lui donnons des coups de main et comprenons au fur et à mesure ce que signifie être maraîcher.
  • les voyages : Le Claj organise chaque été un ou deux séjours, à l’autre bout du monde ou à côté de Brest. Ce sont souvent par les séjours que les gens entrent au Claj. Il s’agit d’associer tous les participants à un séjour à toute la préparation. C’est plus en faisant les dossiers de subvention, des concerts d’autofinancement, en établissant les contacts avec une association partenaire en Afrique, qu’un groupe de jeunes va comprendre les enjeux d’un voyage interculturel qu’en s’inscrivant dans un séjour clé en main.
  • La participation politique En 2000, le Claj a lancé l’idée d’un festival des pratiques différentes et des productions culturelles politisantes. 6 ans et 3 éditions du festival Enrageons-nous ! plus tard, le Collectif Enragé s’est engagé depuis 2003 et dans le long terme sur le quartier de Keredern. Nous y avons fait le Festin des Feignants en Octobre dernier, festival de 3 jours permettant de s’expliquer entre chômeurs pourquoi et comment le chômage de masse a été consciemment mis en place par nos gouvernants de droite et de gauche depuis 30 ans. Ce festival a donné naissance au réseau d’alerte, réseau qui se donne pour objectif d’empêcher physiquement les expulsions, les coupures de courant et les reconduites à la frontière.
  • La décroissance : Le Claj organise régulièrement des chantiers festifs. Des chantiers qui permettent, sur un week-end ou un mois, de réaliser concrètement la mise en œuvre de techniques écologiques et autonomisantes (dans la mesure où ces techniques permettent de se détacher du système industriel). Nous avons ainsi construits :
  • des phytoépurations : traitement des eaux usées par des bassins plantés dans son propre jardin, qui permettent de se passer du tout à l’égout et donc des stations d’épuration,
  • des toilettes sèches qui permettent de rendre à la terre l’énergie que nous lui avons prise pour se nourrir que nous louons sur des festivals
  • une maison en paille : il s’agit d’une construction à la portée de tous, en bottes de paille, de meilleure qualité au niveau de l’isolation, de la résistance au feu, de la durée de vie qu’une maison en parpaings et sans différence visuelle au résultat final (si c’est le but recherché) avec un pavillon Bouygues
  • un réseau urbain de toilettes sèches (en cours…), qui permettra à des individuels de s’équiper et à leurs merdes de rejoindre le compost d’Arnaud qui nous nourrit avec ses légumes,
  • des véloectrogènes (en cours…) : système qui permettra de réaliser des concerts, des projections et autres, pour lesquels l’électricité sera produite par des cyclistes enragés

Et, chaque jour, de nouvelles idées émergent dans notre local fréquenté aussi bien par les jeunes du quartier qui viennent utiliser Internet et écouter du Rap (une commission Mômes se met en place sur les mercredis après-midi), par les bénévoles du Claj, par les commerçants qui passent prendre un café (il y a dans l’air l’idée d’un marché fonctionnant au troc entre productions familiales), par des anciens qui viennent récupérer leurs légumes, et par pleins d’autres qui viennent pour des raisons aussi différentes qu’eux entre eux. Depuis un an et demi, j’apprends à construire, à inventer, à créer collectivement des actions, à les faire vivre, à les défendre auprès de nos financeurs. Je ressens mon action professionnelle comme l’aboutissement d’une recherche. Je suis à l’endroit où je dois être. Je me sens professionnel de l’éducation populaire. Est-ce un contresens ? En effet, le défi permanent, c’est que ce soit des citoyens (et non des professionnels) qui partagent leurs savoirs et construisent collectivement des réseaux ; réseaux qui permettent à chacun de s’émanciper des oppressions subies, qu’elles soient économiques, sociales, religieuses, ou autres.

La recherche-action

Il se trouve que nous étions tombé, Jérôme et moi, sur le Rapport d’étape de l’offre publique de réflexion. Emballé par ce texte, nous nous rendrons à la conférence de Franck Lepage au FSE de Paris. Je retiendrai qu’un groupe en Bretagne continue autrement la réflexion entamée avec l’offre publique. Peu de temps après, je reçois l’information par le Claj avec qui je me suis mis en contact, d’une présentation publique à Saint Brieuc des travaux de la Recherche–Action Réinventer l’international. J’y participe et décide de rejoindre leurs travaux. Comment transformer des ouvriers, des chômeurs, en éducateurs populaires, afin que l’éducation populaire ne reste pas qu’un corps de métier mais une pratique partagée par tous ? Comment éduquer au politique ? C’est avec ce questionnement que j’aborde la recherche-action en même temps que je débute mon premier emploi professionnel au Claj.

Je suis séduit par la durée choisie pour cette recherche-action, sans qu’elle soit soumise à production : 3 ans et bien évidemment par son projet : prendre le temps de réfléchir à la transformation sociale, et d’inventer les actions qui vont avec…Ce groupe est constitué de personnes en partie d’une autre génération que la mienne, en partie issues d’autres milieux sociaux, travaillant pour la plupart à d’autres niveaux que celui que je connais dans l’animation socioculturelle : grosses structures associatives, structures parapubliques ou institutions. Ces personnes ont en commun de remettre profondément en cause leur secteur d’activité, le social, et de se trouver une part de responsabilité en tant que citoyen et en tant que professionnel. Des repentis, des dissidents, ou des marginaux, en quelque sorte.

Je n’ai pas d’idées à priori sur ce que j’attends en terme de réalisations mais je suis persuadé que travailler avec ce groupe m’emmènera dans des endroits où je ne suis pas encore allé dans l’éducation populaire."

mardi 15 avril 2008

Cet article vient de : http://www.injep.fr/Autobiographie-Politique-d-Anthony

Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2011 06:37