Débat sur les débats PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:15
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Débat sur les débats
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debats.jpg"Pour qu'il y ait discussion, il faut obligatoirement pour commencer que quelqu'un-e se lance à prononcer des mots. Ca a l'air banal, mais c'est une erreur : dire quelque chose est un acte risqué, déjà « passe-moi le beurre » met notre vie en jeu."

 

L' art de discuter :
quel processus d'élaboration
théorique ?

Pour qu'il y ait discussion, il faut obligatoirement pour commencer que quelqu'un-e se lance à prononcer des mots. Ca a l'air banal, mais c'est une erreur : dire quelque chose est un acte risqué, déjà « passe-moi le beurre » met notre vie en jeu. Il y en a qui trouvent moins dangereux la politique, mais illes se trompent, bien sûr : chaque fois qu'on s'exprime avec des mots on entre à tâtons dans un monde invisible et très difficilement contrôlable.

 

N'est-ce pas ce qui fait rire les enfants quand ils s'amusent à dire « caca » et « pipi » ? Le frisson de l'indicible nous saisit précisément à ce moment, où l'on dit ouvertement une parole, que son destinataire a d'ailleurs très souvent deviné.

Le processus d'élaboration théorique est fait d'un va-et-vient, comment éviter de le saboter sans arrêt sans s'en rendre compte ? Je me hasarde à distinguer trois étapes, présentes dans toute discussion et très souvent confondues :

1- l'expression

2- la confrontation

3- le retour.

 

L'expression

 

Dire son expérience et formuler les question irrésolues qu'elle charrie, ça veut dire raconter et écouter ce qui est dit, non pas dans l'optique de répondre tout de suite aux contradictions (style « oui mais... »), mais au contraire de les creuser, d'ouvrir des trous, comme dans un chantier avant de construire une maison, de radicaliser les contradictions.

 

Ainsi l'étape qui consiste à formuler des questions est souvent court-circuitée dans les conversations de bistrots, parce qu'on se précipite vers d'es réponses toutes faites, celles propres au milieu auquel on appartient, au lieu d'être véritablement à l'écoute de l'interrogation contenue dans l'expérience dont on parle. Bref : saisir la chance d'une discussion pour émerger hors du ghetto, que ce soit le ghetto social (toujours les mêmes têtes !) ou le ghetto conceptuel (toujours les mêmes rengaines !).

 

Souvent une personne qui se lance à dire son expérience et ses questions se voit coupée dans son élan par « oui, mais... », au lieu d'être encouragée à aller jusqu'au bout de ce qu'elle a à dire, et même plus : que celleeux qui l'écoutent en profitent pour formuler avec elle les questions qu'elle cherche à poser ! Une étape donc, où l'on « suspend » les réponses qu'on pense avoir pour se rendre disponible à l'écoute de ce qu'il peut y avoir d'original dans l'expérience, et qui justement demande à être conceptualisé, pensé, remarqué, mis en relation avec d'autres expériences...

 

Ca veut dire vider les verres avant de pouvoir les remplir.



Mise à jour le Vendredi, 15 Avril 2011 07:54