A propos du cube... (Selon Alain) PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 12 Avril 2011 08:53
cube vache

Extraits piqus sur un site qui refourgue des dissertations...

D'abord un bout de texte d'Alain:

 Etrange condition que la ntre ! Nous ne connaissons que des apparences, et l'une n'est pas plus vraie que l'autre; mais, si nous comprenons ce qu'est cette chose qui apparat, alors par elle, quoiqu'elle n'apparaisse jamais, toutes les apparences sont vraies.

Soit un cube de bois. Que je le voie ou que je le touche, on peut dire que j'en prends une vue, ou que je le saisis par un ct. Il y a des milliers d'aspects diffrents d'un mme cube pour les yeux, et aucun n'est cube. Il n'y a point de centre d'o je puisse voir le cube en sa vrit.



Mais le discours permet de construire le cube en sa vrit, d'o j'explique ensuite aisment toutes ces apparences, et mme je prouve qu'elles devaient apparatre comme elles font. Tout est faux d'abord et j'accuse Dieu; mais finalement, tout est vrai et Dieu est innocent. Je me permets ces remarques, qui ne sont point dans Platon, mais qu'il nous invite faire lorsqu'il compare nos connaissances immdiates des ombres; car toute ombre est vraie; mais on ne peut savoir en quoi elle est vraie que si l'on connat la chose dont elle est l'ombre. Il y a une infinit d'ombres du mme cube, toutes vraies. Mais qui, rduit l'ombre, born l, pourra comprendre que ces apparences sont apparences d'un mme tre ?

[...] Retenons l'exemple facile du cube, de ce cube que nul il n'a vu et ne verra jamais comme il est, mais par qui seulement l'il peut voir un cube, c'est--dire le reconnatre sous ses diverses apparences. Et disons encore que, si je vois un cube, et si je comprends ce que je vois, il n'y a pas ici deux mondes, ni deux vies; mais c'est un seul monde et une seule vie. Le vrai cube n'est ni loin ni prs ni ailleurs; mais c'est lui qui a toujours fait que ce monde visible est vrai et fut toujours vrai. 

Ces extraits ont t trouv l

Explication du texte d'Alain

Dans ce texte, Alain, philosophe du XXme sicle, nous propose de rflchir sur la perception travers l'exemple d'un cube de bois de la mme manire que Descartes dans "Mditations mtaphysiques" o il nous montre que percevoir n'est pas sentir, et que l'essence des corps ne rside pas dans leurs apparences sensibles. 


Dans un premier moment, Alain voque un cube de bois dont les six faces ne peuvent tre vues simultanment ce qui lui permet d'aborder la perception comme une activit de pense et de construction qui nous invite voir ce cube en sa vrit . Puis, dans un deuxime moment, il nous indique que c'est l'ide d'un corps qui fait que nous pouvons le percevoir.



Pour appuyer sa rflexion au sujet de la perception, Alain commence par noncer l'exemple du cube de bois . Ce choix est judicieux car un cube se constitue en effet de six faces et de douze arrtes et est donc impossible voir dans son intgralit. Il n'y a point de centre d'o je puisse voir le cube en sa vrit : autrement dit, le cube en soi tel qu'il est en lui-mme ne nous apparat pas et nous pouvons seulement en prendre une vue parmi ses nombreuses apparences. Donc, lorsque nous disons que nous percevons un cube, nous jugeons d'aprs le ct que nous saisissons que c'est un cube.

Ensuite, Alain nous annonce sa thse . C'est en ralit par notre facult de langage et notre intelligence que nous pouvons nous reprsenter un corps dans son essence, le comprendre et le reconnatre. En effet, c'est en voyant un corps que nous nous rappelons ce que nous savons dj et c'est ainsi que nous reconnaissons l'ide de ce que nous percevons. L'auteur nous explique que le discours est un enchanement de jugements de la pense qui nous conduit vers la connaissance et celui-ci nous permet donc de construire le cube en sa vrit . Par exemple, c'est par son intermdiaire que nous savons qu'en retournant le cube nous pourrons voir et toucher ses autres faces.

Cependant Alain ne s'arrte pas l puisqu'il nous engage vivement pousser plus loin sa rflexion au sujet du cube de bois.

Alain poursuit en effet sa pense toujours avec l'exemple du cube de bois et nous explique qu' condition qu'il y ait l'ide du cube en soi , c'est--dire si nous le reconnaissons malgr ses diverses apparences et que nous comprenons ce qu'il est alors il y a forcment un seul monde et une seule vie . Cela signifie que le monde illusoire du sensible et le monde rel de la connaissance ne sont pas deux mondes spars l'un de l'autre mais deux mondes inextricablement lis pour un former qu'un seul. Un corps est vu par l'il mais il ne peut tre peru que par une activit de l'esprit qui dtient dj une ide forge de ce corps qui elle-mme permet celui-ci d'tre reconnu et d'tre construit en sa vrit .

Enfin, la dernire phrase du texte est une forme de conclusion du philosophe et vient signifier que l'ide du cube elle seule permet au cube d'tre vu. C'est l'ide, la dfinition d'une chose qui fait que le monde devient visible et non les sensations. Ces sont les ides qui font que le monde est tel que nous le voyons et tel qu'il l'a toujours t et le vrai cube, ou du moins le cube en soi, ne change pas et demeure le mme grce notre langage qui nous en donne l'ide.

Intrt philosophique

L'intrt philosophique de ce texte rside dans la conception d'Alain de la perception qu'il assimile la pense et qu'il considre comme une activit de jugement. En ce sens, il s'inscrit dans la ligne de Descartes qui nous montre par l'exemple d'un morceau de cire que l'exprience sensible ne peut rendre compte de la perception. En effet, on peut dcrire un morceau de cire et le reconnatre par son odeur, sa couleur ou sa forme (autrement dit par le biais de nos cinq). Mais lorsqu'on vient confronter ce mme morceau de cire une forte chaleur, celui-ci change alors de forme, de couleur et d'odeur. Ce n'est donc pas l'exprience sensible qui nous dit ce qu'est la cire, puisque cette exprience peut tre est changeante. On ne peut connaitre la cire que par l'entendement et par ce que Descartes nomme une inspection de l'esprit . En d'autres termes, Descartes nous montre dj que la perception est en fait une activit de construction. Alain va reprendre cette ide par l'intermdiaire du cube de bois. En effet, on ne peut jamais voir les six faces du cube la fois, et pourtant c'est bien un cube que l'on voit. Ainsi, bien percevoir, par exemple un cube, c'est bien juger ou bien penser. La perception n'est donc pas la sensation, elle suppose une activit de l'esprit, et il n'y a pas de perception vritable pour celui qui ne pense pas.

En conclusion on peut dire que l'auteur cherche nous dmontrer que la perception est une opration de l'entendement travers l'exemple unique du cube de bois. Et son exemple est bien choisit et il peut s'appliquer sur n'importe quel corps. Alain est ici dans la continuit de Descartes et il va reprendre sa thorie en nous invitant bien distinguer le cube en soi et son apparence telle que la perception nous la transmet. Le philosophe en conclut donc qu'une chose ne peut tre vraie qu' partir du moment o nous connaissons l'ide de la chose dont elle prend l'apparence.

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Mise à jour le Mardi, 12 Avril 2011 13:11
 

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