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Lundi, 11 Avril 2011 10:00

ag_68Trouv sur http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article458

Cet article est paratre la mi-mai 2011dans le numro 26 de la revue Rfractions consacre au mouvement des retraites et intitule La place du peuple.

Dans le mouvement doctobre 2010, lintersyndicale sen est tenue au minimum. Sur le fond, elle sest borne rclamer le statu quo concernant le systme de retraites. Sur la forme elle sest borne exiger louverture de ngociations que le gouvernement lui a obstinment refuses. Cette position a t juge insuffisante par une partie de la population, qui estime que les attaques rptes de loligarchie mritent une rponse plus ample. Une partie des salaris se sont interrogs sur la stratgie de lintersyndicale (espacement des journes daction, isolement des secteurs les plus dtermins). Certains ny ont vu quun dysfonctionnement. Dautres, comme nous, un sabotage. Cela les a pousss essayer de sauto-organiser hors des actions proposes par les syndicats.

Malgr lampleur des manifestations, ces assembles alternatives nont pas russi attirer une part important des gens impliqus dans le mouvement social. Elles nont pas dbord la routinire contestation officielle. Les syndicats sont sortis du mouvement la tte haute, en accrditant le message quon sest bien battus. Et surtout, aucun moment ils nont perdu le contrle du mouvement.

Cet chec interroge tous ceux qui ont particip aux AG interpro et autres AG des AG qui se sont tenues un peu partout en France. Tous ne tireront pas les mmes conclusions. Derrire le rejet commun des politiques syndicales, ces AG ont rassembl des gens dont les opinions allaient de la foi en laction syndicale au rejet de syndicats jugs corrompus du sommet la base.

Le point de vue de ce texte est celui de notre petit collectif Lieux communs [1], qui vise lautonomie des individus, groupes et socits. Les assembles gnrales qui apparaissent au cours des mouvements sociaux sont essentielles pour nous, car elles peuvent tre les embryons dune dmocratie radicale. Encore faut-il en comprendre les piges et les enjeux. Cest lobjet du texte Pour des assembles gnrales autonomes que nous avons crit et diffus au cours du mouvement. Nous y soulignons combien les AG peuvent tre des coles de pratiques collectives et de dmocratie directe, des lieux o se retissent les liens entre les gens. Mais nous disons aussi quelles sont par dfinition des lieux de pouvoir. Si ce pouvoir nest pas partag, cest quil est confisqu par une minorit. Nous dtaillons les manipulations dont les syndicats, partis et groupuscules sont coutumiers pour confisquer lAG et y plaquer des schmas idologiques qui nont rien voir avec les aspirations des participants. Nous disons quil faut combattre les noyauteurs, mais aussi combien le vide laiss par leur dpart peut effrayer des gens peu habitus prendre des dcisions collectives. Cest le plus difficile. Des AG autonomes ncessitent une vigilance perptuelle, lanalyse lucide des situations vcues, la mise nu des relations de pouvoir, afin que celui-ci soit partageable et critiquable. Nous nonons ensuite quelques principes tirs de lexprience avant de conclure que les AG sont hritires des formes de dmocratie directe depuis la rvolution de 1789.

Voil pour notre vision des AG. Pour la pratique, les diffrents membres de notre collectif ont assist diverses AG en rgion parisienne. Certains y sont alls brivement, et ont rapidement dtect les noyautages dj en place. Dautres y sont alls en pointills, parfois seuls, parfois plusieurs, divers moments du mouvement. Nous avons souvent observ. Nous sommes parfois intervenus. Nous avons donc une vision partielle et partiale de ces sries de runions, do sest dgag le sentiment quil ne se passait rien qui aille dans le sens que nous esprons. Voici les AG o nous tions prsents:

- lAG interpro de la Gare de lEst le 28 octobre la Bourse du Travail; les forums attenants le 27 et le 29 prs de ladite Bourse.

- LAG bloquons lconomie: la fin de la runion du 4 novembre au CICP, rue Voltaire, le 7 novembre la coordination des intermittents et prcaires (CIP), quai de la Charente; et le 11 novembre, de nouveau au CICP.

Peut-on parler dassembles gnrales de grvistes pour qualifier ces runions? Elles ont toutes eu lieu le soir aprs 18h, le dimanche ou un jour fri. Concernant le rendez-vous du 24 septembre la Gare de lEst, un dnomm Iskra (ltincelle, rfrence au journal bolchevique ou un groupe ponyme) remarque: le RDV du tract nappelait pas une AG puisque nous ntions plus en grve sur la Gare de lEst. Cest plus une invitation une runion ceux qui souhaitent conserver des liens de discussion et afin de faire un bilan et discuter des perspectives [2]

Daprs ce que nous avons lu sur les dbuts de lAG interpro, il semble quelle nait pas t une faon daller au-del de laction syndicale, mais plutt lexpression dun dsarroi: les syndicats nessayaient mme pas de reconduire la grve entre les journes daction espaces, et beaucoup de salaris hsitaient sortir de ce cadre. Sest alors instaure une AG interpro, ouverte tous, c'est--dire aux cheminots mais aussi aux gens des environs: habitants du Xe arrondissement, salaris dautres entreprises, gens de passage. Cela permettait dtre plus nombreux et de donner un lieu dexpression aux chmeurs et prcaires que la forme-grve classique exclut de fait. Les participants se sont vite aperus quils ntaient daccord sur rien. Fallait-il rejeter lintersyndicale, ou seulement certains syndicats? Fallait-il sen tenir la ligne dfensive officielleou largir le champ des revendications? Se cantonner au calendrier syndical? Mener des actions propres (blocages)? Les diffrentes opinions, toutes minoritaires, nont russi qu sentendre sur une sorte de dclaration minimale. Puis une poigne de militants groupusculaires a fini par donner le ton des tracts, avec ses rfrences au capital et la classe ouvrire. Or justement, une partie de la classe ouvrire (les cheminots) implique dans cette AG ne cherchait qu renouer avec les syndicats, pour intensifier la lutte certes, mais sous leur gide. Elle a dsert lAG interpro, laissant les groupusculaires marxistes-lninistes la noyauter.

LAG bloquons lconomie tait des runions organises par des courants issus du milieu radical (que le pouvoir appelle anarcho-autonomes) [3]. Le mot AG est trompeur ici. Ce ntait pas une assemble base sur un quartier ou une entreprise, mais des runions politiques dont lobjet tait principalement dorganiser des actions de blocage sur la rgion parisienne.

Dans les deux cas, il ny avait pas ce que nous recherchons: des assembles populaires prmisses de dmocratie directe. Dans le premier cas, parce que la dynamique a t la dsertion progressive accompagne par un noyautage. Dans le deuxime, parce que ce ntait pas une assemble populaire, mais des runions politiques ouvertes tous, certes, mais avec un mot dordre (bloquons lconomie) demble non discutable

Cela ne signifie pas quil ny a rien dire sur les comportements, ceux des participants comme ceux des tribunes marxodes ou radicales.

Lapathie des participants aux AG: tentative dexplication

Nous avons ressenti une inertie parmi les participants de ces AG. Cela sexplique sans doute par plusieurs phnomnes. Tout dabord, un phnomne social gnral. Les lieux de lutte ne sont pas impermables la perte de sens gnrale que nous connaissons dans la vie courante. Dans une socit sans boussole, dont le seul moteur est la cupidit des dominants, tout se vaut. Faire grve, simpliquer dans huit associations caritatives, planter des lgumes bios ou faire montre dun gosme crasse. Il en va des raisons de sengager comme des gadgets qui encombrent nos logements: on ne sait plus o donner de la tte. Ces raisons sont avant tout un moyen de fuir le vide abyssal de nos existences.

Le relativisme, lindividualisme, la camelote idologique qui polluent nos vies ne restent pas la porte des AG et des manifestations. Les fous, les narcissiques y trouvent un public attentif devant lequel ils sexhibent. Raisonnements mdiocres, stupidits la mode, discours incohrents, tout a droit de cit puisque tout se vaut.

Au forum de lAG interpro du 27 octobre, loccasion de la rdaction collective dun tract (nous devions tre une douzaine), deux jeunes qui animaient la runion se sont livrs un petit numro fort ennuyeux: avec quoi spare-t-on les deux phrases composant le titre du tract? Avec une virgule? Non, avec deux points. Non, une virgule, je prfre. Il sagit moins ici de blmer les autres pour leur comportement que de sinterroger sur soi-mme. Qui, dans une AG ou une manif, na jamais prouv lenvie dexister, y compris de faon parasitaire? Certains dentre nous se permettent de le faire, en jouant sur la frontire souvent tnue entre une expression lgitime et un verbiage gocentrique. Nous rapproprier nos luttes, cest aussi nous astreindre une attitude dcente, comme nous nous astreignons ne pas faire nos besoins en public.

La mentalit du chacun-pour-soi pse sur les mouvements sociaux. Elle transparat dans les propos du genre je bouge (je fais grve, je manifeste) si les autres bougent. Cet automne, elle a pouss les gens mener un mouvement social lconomie: limmense majorit a continu travailler. Travailler dans la journe et soutenir les piquets de grve la dchetterie le soir, ce nest pas la mme chose que faire grve. Manifester en ayant pos un jour de RTT, ce nest pas la mme chose que manifester et faire grve. Il y avait certainement l des considrations lies la situation de lemploi et aux coercitions patronales habituelles. La vie est chre, beaucoup de gens se sont livrs pieds et poings lis aux organismes de crdit, et ils ont pens quils suffisaient de mener quelques actions symboliques. La guguerre des chiffres entre le gouvernement et les syndicats conforte ce genre dattitude. Aprs tout, quelle importance que nous ne soyons quun million manifester? Les syndicats annonceront trois millions et demi.

La boucle est boucle lorsque le manifestant parvient se mystifier lui-mme. Lors de la manifestation du 2 novembre entre Jussieu et la dchetterie dIvry, je me suis amus compter les manifestants. Cent cinquante. En admettant que jai compt un peu vite et que jen ai oubli trente: cent quatre-vingt. Peu aprs, je discute avec un manifestant. On est cent cinquante, dis-je. Tes fou, on est au moins cinq-cents, me rpond-il. Non. Cent cinquante, insist-je. Mets-toi sur le ct et compte: a prend deux minutes. Ca me saoule, me fait-il. Les gens sabusent eux-mmes. Ils se racontent des histoires. Les syndicats, au terme du mouvement, leur disent: on sest bien battus. Les groupuscules marxistes prorent depuis soixante-dix ans que le capitalisme est sur le point de seffondrer. Les anarcho-autonomes font un piquet volant, bloquent tel carrefour une heure, tel autre deux heures, pour freiner le flux de ceux qui vont au travail, toute force, malgr la pnurie dessence et les transports en commun bonds

Le peu dimplication dans les AG pose question. Il ne sagit pas que des gens qui ne viennent pas, mais aussi de ceux qui viennent et qui restent l, inertes. Cela fait un contraste assez saisissant avec le ton triomphaliste des tracts. A lAG interpro du 28 octobre, nous tions dans la grande salle Antoine Croizat. Ctait plutt clairsem: il devait y avoir quelques dizaines de personnes. Comme depuis le dbut de cette AG, il a t propos des activits la carte, selon le bon vouloir des participants. Dj, a ne se bousculait pas au portillon. Malgr cela, un type sest retrouv tout seul le lendemain distribuer des tracts. Les deux personnes qui devaient laider lui ont pos un lapin.

Certes lAG interpro tait dj noyaute par les groupuscules. Certes, les tracts distribus traduisaient moins les aspirations des participants quun compromis entre diverses positions marxodes puisque ctaient eux qui donnaient le ton lors de la rdaction des tracts. Mais pourquoi dire je vais le faire et ne pas le faire ensuite? Est-ce un effet du relativisme gnral dcrit plus haut (que je vienne ou pas, cest pareil)? Est-ce une petite vengeance? Les participants de lAG interpro voient comment une poigne de militants issus de groupuscules arrivent noyauter lAG et confisquer la parole en plaquant leurs discours tout faits. Ils les reprent, mais peuvent-ils les mettre dehors? Et une fois quils les auront expulss, ne vont-ils pas retomber dans des discussions interminables entre points de vue minoritaires, dans une autre forme dimpuissance? Se sentant dpossds de lAG, ils vont au plus simple, au moins dangereux, au moins fatigant aussi. Ils la sabotent, la faon dont les travailleurs sovitiques sabotaient la production dans la patrie des travailleurs: par un je-men-foutisme clatant. Cette hypothse est peut-tre fausse, mais cela voudrait dire quon a atteint un degr de nihilisme fantastique. Parce que quitte ne rien faire, autant rester chez soi ds le dpart.

Llite des rudits

Lautre ple de lAG interpro, ctaient les militants marxodes. La forme la plus moderne du marxode (le trotskyste) a une grille de lecture qui sarrte au 19 aot 1940. Il pense que la classe ouvrire est trompe par les idologies bourgeoises, et quil faut, pour lmanciper, lui donner une direction, un parti qui dtient la vrit de lexplication historique. Qu chaque mouvement social, il faut tcher de dborder les syndicats et les organisations staliniennes, de proposer un programme minimum, puis, mesure que le mouvement se radicalise, un programme maximum, en vue demporter ladhsion populaire, prendre le pouvoir, et dire: Maintenant que vous nous avez ports au pouvoir, il faut nous obir, car nous dtenons la vrit頻. Si les choses ne se passent pas ainsi, ce nest ni de leur faute, ni de celle des travailleurs. Cest celle des tratres syndicaux ou politiques.

Ainsi, lAG interpro, le leitmotiv tait quon tait dans une AG enfin libre, libre des syndicats qui nous avaient trahis. Librs aussi de LO et du NPA qui noyautaient lAG 93 [4]. Ce discours entretenait une illusion de libert et permettait aux divers groupuscules de vaquer leurs occupations habituelles: contrler lAG, ou dfaut, tenter de recruter pour leur boutique. A la fin du forum du 29 octobre, jai dit que si ctait pour remplacer la mainmise des syndicats par la leur, a navait aucun intrt. Mais ctait dj mort. A ce moment il ne restait dans la salle que quelques groupusculaires et une ou deux recrues prtes entrer au couvent Saint-Marx et Saint-Engels.

Contrairement aux marxodes, dont certains sont bloqus la Bible de 1848, limmense majorit de la population a pris acte de quelques donnes au cours du XXe sicle. Elle a appris se mfier des gens qui ont du bagout, des discours construits, celui du bateleur comme celui du manager ou du chef charismatique. Elle a intgr lide que ces discours dbouchaient toujours sur une arnaque ou une horreur, de la vente dobjets inutiles lavnement de systmes totalitaires. Elle assimile le PS et le PC aux trahisons, les staliniens, les trotskystes et le FN au totalitarisme, et les discours managriaux lescroquerie. Seulement, comme on na pas (ou on ne se donne pas) les moyens de leur rpondre, on esquive.

On en arrive des situations ridicules: certains crypto-marxodes de lAG interpro ont jou sur le vieux complexe des milieux populaires face Ceux-qui-savent. Ils prenaient un air pntr afin de subjuguer leur auditoire. Il y en avait un comme cela qui se prsentait comme professeur duniversit et proltaire. Lors du forum du 27 octobre, IL nous a distribu la photocopie dune page de livre (format livre de poche, sans mention de lauteur ni du titre) qui, selon lui, dmontrait que la situation doctobre 2010 tait la mme que celle qui, en fvrier 1934, avait ouvert la priode dagitation sociale qui dboucha sur juin 1936. Il a recueilli une indiffrence polie. Discuter de linanit de ce placage grossier des faitset t donner beaucoup dhonneur linsignifiance. Lesquive laisse des coquilles vides aux groupusculaires, mais ne rsout pas notre problme: comment sorganise-t-on collectivement?

Llite des guerriers

LAG bloquons lconomie ntait pas dmocratique, contrairement ce que le caractre ouvert tous et la forme adopt pouvait laisser penser. Dans une assemble dmocratique, on peut discuter de tout: l, on partait derechef sur la base dactivits de blocage et doccupation. La proccupation des organisateurs de la runion tait, semble-t-il, moins davoir des discussions sur lauto-organisation que de recruter des troupes diriger lors des actions. Ce qui aurait d ne pas poser de problmes dans une assemble rellement dmocratique en posait ici. Le 7, la CIP, nous avons essay dengager une discussion pour faire le point du mouvement. Ce ntait pas incongru: nous tions entre le vote de la rforme des retraites par le Snat et la promulgation de la loi, et le mouvement social navait frein en rien la machine institutionnelle. Notre intervention est quasiment passe pour une tentative de dmoralisation. Nous ne contestons bien videmment pas le fait que la majorit des participants dune AG ne soit pas daccord avec nous. Nous disons que dans une runion politique, cest la mouvance organisatrice qui a le dernier mot, et cest prcisment cela qui distingue une runion politique dune AG dmocratique. Entre le 7 et le 11, nous avons soulev deux autres sujets tabous: la posture anarcho-autonome et sa cohrence, et le fiasco de lOpra Bastille.

Vous me direz que si nous ne sommes pas daccord avec la mouvance anarcho-autonome, il ne faut pas aller les voir. Sans doute. Mais lorsque des gens prtendent faire une AG ouverte tous, nous les prenons au mot: cela implique le droit de questionner et de critiquer tout ce qui se dit ou se fait dans cette AG. Sinon, il faut appeler cela autrement, bureau de recrutement pour des actions de guerre sociale, par exemple.

La question de la cohrence

Le 4 novembre, je suis all la runion au CICP. Je suis arriv tard, une heure et demie aprs le dbut. A lentre de la salle, il y avait un jeune homme qui venait de se blesser lavant-bras avec son couteau. Quatre ou cinq personnes autour de lui, personne ne savait quoi faire. Je suis entr dans la salle o jai suivi la fin des discussions.

Le 11 novembre, lannonce de lordre du jour, jai dit que javais deux points soumettre, sur les modes daction et sur laction mene lOpra Bastille. Ca avait lair inhabituel: au lieu de demander sil y avait dautres questions lordre du jour, ils mont donn la parole. Jai demand si on appelait les pompiers lorsquon est contre larme (cest ce que les amis du jeune homme avaient fini par faire),ou dfaut, si les participants aux actions taient mme de soigner leurs camarades blesss de la guerre sociale. Jai obtenu quelques rponses vasives, des promesses de sauto-former sur tel ou tel domaine, et un sarcastique merci Papa.

Derrire ces questions, il y a celle de la cohrence, de la posture. Est-on tout le temps en guerre sociale? O arrive-t-il que dans la vie ordinaire, on se comporte comme un petit-bourgeois social-tratre? Il y a la question de la tartufferie, qui nest pas lapanage des bourgeois ractionnaires assums. Parmi les jeunes qui frquentent le milieu radical, certains squatters peuvent se payer le luxe de jouer les ttes brles et dafficher leur admiration pour Mesrine parce quils savent pertinemment que derrire eux, il y a Papa pour faire jouer ses relations et payer les avocats en cas de problme avec la justice. Ceux-l pourront dire Merci Papa. Malheur ceux dorigine modeste qui les suivent, sans filet pour amortir leur chute.

Dbriefing des oprations de guerre

Le 7 novembre la CIP, nous avons t quasiment somms de nous mettre au garde--vous devant lurgence de rdiger un texte pour soutenir les martyrs arrts lors de la tentative doccupation de lopra Bastille le 16 octobre. Une casquette a circul pour aider payer les frais davocat. Lorsque le 11 novembre au CICP jai demand si on avait abord la question des raisons qui avaient conduit au fiasco de laction lopra Bastille, on ma rpondu que cette question avait dj t longtemps discute. Quelques minutes plus tard, un texte sur cette action [5] a t lu haute voix sur un ton triomphal. Pas un mot sur les raisons du fiasco. Comme cela ne semblait dranger personne et que sentamait une interminable discussion sur la question autrement plus grave de la place des virgules dans le texte, je suis parti. Quelquun est alors venu me voir en apart hors de la salle de runion pour me donner sa version de laction lopra Bastille. A lheure quil est, je nai toujours pas compris si ces discussions sur les raisons du fiasco ont eu lieu dans les AG auxquelles je nai pas assist ou en interne, cest--dire au sein du groupe linitiative de ces runions. Ce qui nest pas du tout la mme chose.

Les radicaux aiment poser en guerriers de la guerre sociale. Quand ils commettent des bvues, ils les escamotent, sans doute pour ne pas nuire au moral des troupes. Ils ne risquent pas la cour martiale. Demandez-leur des comptes, ils vous rpondront quils nont oblig personne les suivre. Ne leur parlez pas de responsabilit, cest un mot de flic.

Nous avons vu des postures litaires de gens qui cherchaient se distinguer de la base. Des rudits qui voulaient guider le peuple. Des guerriers qui mprisent le tout-venant. Ainsi sinstalle la hirarchie dans des assembles o on prne lauto-organisation grands renforts de mots ronflants.

Dans les mouvements sociaux, il existe des gens dsintresss. Il existe aussi des carriristes qui se font la main histoire dprouver leurs capacits manier les foules. Ce nest pas nouveau: mai 68 a produit une flope de manipulateurs professionnels.

Pendant que le foss se creuse entre les discours sclross et la ralit, celui entre les moments de lutte et la vie ordinaire se comble: au travail comme dans les AG on retrouve les mmes mcanismes de domination, le mme dsengagement, la mme perte de sens.

Peut-tre avez-vous assist ces assembles, ou dautres similaires, et avez-vous une vision diffrente. Peut-tre avez-vous fait des rencontres passionnantes, et cest tout ce quon vous souhaite, parce que cette fonction de lien social, au moins, nous semble toujours l. Peut-tre avez-vous prouv un sentiment de libert, vous y tes-vous investis avec passion. Peut-tre avez-vous t sduits par des discours politiques, et vous ne serez pas les premiers: beaucoup dentre nous sont issus des courants que nous critiquons ici.

Les mouvements sociaux doivent tre loccasion de smanciper et dapprendre la dmocratie. Il serait bon, dans la mesure du possible, quils ne servent pas exclusivement de rite de passage pour les futurs dominants, de stage pratique pour futurs DRH ni dentranement grandeur nature pour la police. Ils nont pas vocation renforcer le camp adverse.

Nous rapproprier nos luttes requiert de ne pas nous illusionner nous-mmes. Pour cela, nous devons mettre en commun nos expriences, mais aussi nous efforcer den parler sans fard.

[1] www. magmaweb.fr

[2] Source: http://ag.idf.free.fr/spip.php?article51

(http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article436)

[4] Parmi les marxodes de lAG interpro, il y avait des gars de Rvolution Internationale. Il y avait aussi des militants rattachs la mouvance Gauche communiste et dautres dARS Combat: des trotskystes, donc, mais en rupture avec Lutte ouvrire, quils accusent de cogrer la crise avec les syndicats

[5] Sur le moment, je nai pas eu la prsence desprit de prendre une copie de travail de ce texte, et je ne lai retrouv nulle part par la suite (jai notamment cherch sur le site http://www.non-fides.fr/). Si quelquun sait ce quil est advenu de ce texte discut le 11 novembre au CICP

Mise à jour le Vendredi, 15 Avril 2011 07:43
 

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