La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation - QUAND LES FEMMES ADOPTENT D'AUTRES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:31
Index de l'article
La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation
la longueur des contributions
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES HOMMES
LE CHOIX DES SUJETS
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES FEMMES
LA DIVISION ASYMÉTRIQUE DU TRAVAIL INTERACTIONNEL
QUAND LES FEMMES ADOPTENT D'AUTRES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES
CULTURE DIFFÉRENTE OU DOMINATION MASCULINE ?
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QUAND LES FEMMES ADOPTENT D'AUTRES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES

Après avoir observé concrètement le déroulement d'une conversation mixte et avoir obtenu ces conclusions, il semble assez opportun de se pencher maintenant sur un autre versant de la domination masculine. Avec l'idéologie du genre, qui est fortement présente dans la communication, nous sommes toujours encouragé-e-s à correspondre aux normes établies qui conduisent ultimement à l'oppression des femmes (Graddol et Swann, 1989). S'il est très difficile pour une femme de sortir des voies genrées de la conversation, c'est aussi à cause des sanctions qu'elle encourt alors. On ne tardera pas à lui rappeler qu'elle n'a pas bien appris sa leçon. Les stratégies masculines comme les interruptions ou les réponses minimales retardées sont des moyens de contrôle en elles-mêmes, ne serait-ce que parce qu'elles empêchent directement les femmes de parler. Mais si on réussit à détourner ce pouvoir, alors une deuxième forme de contrôle, qu'on peut peut-être mieux désigner comme répressive, ne tardera pas à se mettre en place.

Personnellement, je me suis beaucoup heurtée et confrontée à ce second type de contrôle. La participation à de nombreuses réunions mixtes dans un cadre associatif m'a permis d'observer quelques fonctionnements masculins. La surprise première devant une femme non conforme au rôle stéréotypé attribué au sexe féminin se métamorphose bien vite en hostilité et stigmatisation. C'est là où j'ai véritablement pris conscience de la place des femmes en mixité, elles ne doivent surtout pas déranger la hiérarchie des genres, ce qui signifie qu'elles doivent accepter leur position subordonnée. Ne pas se conformer aux attentes genrées montre toujours à quel point ces attentes existent et doivent être entretenues. Tenir à son sujet et le rappeler, ne pas se taire après avoir été interrompue, ne pas apporter le soutien tant désiré, en résumé, entreprendre un acte quelconque qui transgresse les lois de la discussion genrée devient un acte subversif.

Une grande partie des études citées ci-dessus font le même constat : si les femmes ne se plient pas à l'image qu'on attend d'elles, si elles s'émancipent du contrôle des hommes, elles subiront alors des sanctions. A commencer par le début : bavarde tu seras jugée si tu oses parler. Le double standard apparaît ici fondamental et sa fonction est claire. "Alors qu'interrompre les femmes est une pratique normale pour les hommes, les femmes qui essayeront (oseront ?) d'interrompre les hommes seront pénalisées. Il existe toute une série de croyances qui renforcent cette asymétrie et ordonnent qu'il n'est pas de rigueur pour une femme d'interrompre/de contredire un homme, particulièrement en public. Cela contribue à la construction et la maintenance de la suprématie mâle" (Spender, 1980 : 44).

Les règles sociales disent que les femmes et les hommes gagneront le respect en communiquant selon ce que ces mêmes règles prescrivent. Mais si ce schéma fonctionne très bien pour les hommes, il n'en va pas de même pour les femmes (Lakoff, 1975). On a bien remarqué que les femmes ne pouvaient pas s'assurer ce respect en suivant les voies de communication tracées pour elles. Mais elles n'y parviendront pas non plus en utilisant d'autres voies.

Quelle que soit la façon de parler et de converser qu' elles adoptent, les femmes seront évaluées négativement. Ceci nous renforce encore dans l'idée, si besoin était, que c'est bien le genre qui constitue le facteur saillant et non telle ou telle façon de converser qui serait déficiente ou déviante.

Puisqu'il est considéré comme naturel que les femmes fassent la plus grande partie du travail nécessaire pour l'interaction, nous ne serons pas étonnées qu'une des sanctions les plus importantes que les femmes subissent quand elles ne dialoguent pas comme elles doivent le faire soit celle d'être raillées et remises en cause dans leur féminité. "Pour être identifiées comme femmes, on exige des femmes qu'elles apparaissent et agissent de façon particulière. La conversation fait partie de cette unité de comportement. Les femmes doivent parler comme parle une femme ; elles doivent être disponibles pour faire ce qui doit être fait dans la conversation, faire le sale travail et ne pas se plaindre" (Fishman, 1983 : 99).

Je me permettrai de faire une brève incursion dans le domaine de la communication non verbale. Nancy Henley (1975) a remarqué que les comportements qui chez les hommes ont des connotations de pouvoir prennent une connotation sexuelle quand ce sont des femmes qui les adoptent. Elle pense que ceci est dû au fait que l'implication de pouvoir est inacceptable quand l'acteur est une femme et doit donc être niée. On réduit donc les attitudes de pouvoir à des attitudes de séduction afin de nier qu'une femme puisse exercer un certain pouvoir. La même chose a lieu dans la conversation, même si au lieu d'accuser les femmes d'invites sexuelles, on a plutôt tendance à leur reprocher un comportement agressif et castrateur.



Mise à jour le Dimanche, 17 Avril 2011 14:13