La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation - LA DIVISION ASYMÉTRIQUE DU TRAVAIL INTERACTIONNEL PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:31
Index de l'article
La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation
la longueur des contributions
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES HOMMES
LE CHOIX DES SUJETS
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES FEMMES
LA DIVISION ASYMÉTRIQUE DU TRAVAIL INTERACTIONNEL
QUAND LES FEMMES ADOPTENT D'AUTRES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES
CULTURE DIFFÉRENTE OU DOMINATION MASCULINE ?
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LA DIVISION ASYMÉTRIQUE DU TRAVAIL INTERACTIONNEL

L'introduction des sujets par les hommes se fait avec succès parce qu'alors les deux parties sont actives en vue de rendre ces initiatives effectives. Les femmes répondent à leurs déclarations de telle façon qu'elles permettent au sujet de se développer. Avec l'analyse des stratégies conversationnelles des femmes, on peut conclure que la distribution du travail est inégale dans la conversation (Fishman, 1983). Les femmes soutiennent le dialogue et continuent à faire ce travail de soutien pendant que les hommes parlent : l'asymétrie de la répartition des tâches est flagrante. Les femmes fournissent tous les efforts conversationnels et les hommes contrôlent. Constamment, les femmes luttent pour pouvoir obtenir des réponses à leurs remarques. Elles restreignent leur propre opportunité d'expression en se concentrant sur le développement des sujets des hommes. Finalement, les femmes sont requises dans la conversation pour être disponibles aux hommes (Spender, 1980).

En fait, tout se passe comme si les sujets introduits par les femmes étaient perçus comme de simples tentatives pouvant aisément être abandonnées alors que ceux des hommes seraient d'emblée traités comme des sujets à développer (Fishman, 1983). La plupart du temps, tout ceci se déroule sans conflit apparent. Pour la majorité des gens, ce n'est que le bon ordre des choses. Ce travail effectué par les femmes n'est pas analysé généralement comme un réel travail. C'est d'ailleurs ce qui permet aussi l'analogie avec la division traditionnelle du travail. Ce sont les féministes qui se sont attachées à rendre visible le travail domestique effectué par les femmes, comme Fishman rend visible celui fourni dans la conversation.

De même qu'il était considéré dans la nature des femmes d'élever les enfants, il est également considéré dans leur nature de soutenir la conversation. Cette naturalisation du travail accompli par les femmes permet encore une fois de les asservir sans que beaucoup y trouvent grand chose à redire... Penser qu'il est dans la nature des femmes d'avoir un style coopératif par exemple a pour conséquence d'obscurcir leur réel travail pour mieux le nier. "Le travail n'est pas vu comme ce que font les femmes, mais comme faisant partie de ce qu'elles sont" (Fishman, 1983 : 100). Faire de ce style coopératif une "qualité" féminine revient à confondre et à abolir dans l'innéité de la nature toute valeur d'acquisition et donc de qualification. Et sa fonction semble bien résider dans le brouillage alors effectué sur les relations de pouvoir. "Parce que ce travail est obscurci, parce qu'il est trop souvent vu comme un aspect de l'identité genrée plutôt qu'un aspect de l'activité genrée, la maintenance et l'expression des relations de pouvoir hommes/femmes dans nos conversations quotidiennes sont également cachées" (Fishman, 1983 : 100).

L'échec des thèmes proposés par des femmes ne peut s'expliquer par leur contenu, Fishman n'ayant pas relevé de différence notable avec les sujets proposés par des hommes. Cet échec s'explique la plupart du temps par l'abstention des hommes face à l'obligation de collaborer à l'échange. Le travail qu'ils fournissent au niveau de l'interaction semble se situer uniquement dans l'initiative et le contrôle. Concrètement, nous avons vu par exemple avec West (1983) quel travail structurel est nécessaire à la suite de paroles simultanées afin de poursuivre la conversation de façon intelligible et quel travail est alors fourni par les hommes : dégager leur propre discours de l'état de simultanéité. Les hommes bloquent et ignorent les thèmes des femmes, refusent de fournir une contribution au moment où il le faudrait pour faire avancer la discussion et se concentrent sur le développement de leurs sujets. Ainsi, les hommes finissent par décider de tout dans le dialogue mixte : du sujet, de la façon de l'aborder et de l'évolution du dialogue. Ils parlent beaucoup plus longtemps que les femmes et dirigent tout l'entretien en contrôlant et influençant l'ensemble de la discussion par les stratégies et les tactiques diverses que nous avons citées. J'espère avoir suffisamment montré que ces techniques utilisées par les hommes ne sont pas simplement des indicateurs de leur dominance ; elles n'ont pas comme unique effet de manifester cette domination mais bien de l'établir et la renforcer.



Mise à jour le Dimanche, 17 Avril 2011 14:13