La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation - LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES FEMMES PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:31
Index de l'article
La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation
la longueur des contributions
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES HOMMES
LE CHOIX DES SUJETS
LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES FEMMES
LA DIVISION ASYMÉTRIQUE DU TRAVAIL INTERACTIONNEL
QUAND LES FEMMES ADOPTENT D'AUTRES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES
CULTURE DIFFÉRENTE OU DOMINATION MASCULINE ?
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LES PRATIQUES CONVERSATIONNELLES DES FEMMES

Pour comprendre cela, il me faut parler des stratégies conversationnelles employées par les femmes et les hommes. Fishman (1983 : 94) remarque tout d'abord que les femmes, lors de l'interaction posent deux fois et demie plus de questions que les hommes. C'est une première asymétrie flagrante que l'on constate en ce qui concerne cette ressource interactionnelle. Les hommes interrompent et se servent de réponses minimales retardées pour montrer leur désintérêt chronique et ils posent également très peu de questions. Robin Lakoff (1975) avait déjà observé ce phénomène. Mais pour Lakoff, ces questions, posées plus fréquemment par les femmes, étaient un indicateur de leur insécurité. L'apport nouveau de Fishman sur ce point est de les ranger dans la catégorie des stratégies conversationnelles employées par les femmes afin de participer au travail interactionnel.

Mais Fishman ne s'arrête pas là et se demande pour quelle raison ce sont les femmes qui participent de cette manière au dialogue. En se servant de son expérience personnelle, elle constate que poser une question rend la tentative d'interaction plus probable, réduisant ainsi le taux d'échec. Car poser une question demande une réponse de la part de l'interlocuteur. De la même façon, les femmes usent deux fois plus souvent que les hommes de "tag questions" (comme "tu sais quoi ?" ou "d'accord ?") qui leur servent à mieux assurer leur droit de parole. Ce sont les enfants, face à des adultes, qui emploient souvent aussi cette stratégie afin de pouvoir dire quelque chose. Ceci nous enseigne moins sur l'insécurité des femmes et/ou des enfants que sur la différence de leurs droits. Ce n'est pas par hasard que l'on se sert ainsi de stratégies ayant comme fonction de garantir une interaction.

Une troisième classe de stratégies concerne les marques d'attention, diverses et variées que les femmes donnent deux fois plus souvent que les hommes (Fishman, 1983). Comme West & Zimmerman, Fishman reprend aussi les réponses minimales et l'usage différent qui en est fait selon que c'est une femme ou un homme qui les emploie, l'usage masculin montrant la plupart du temps un manque d'intérêt pouvant aller jusqu'à décourager l'interaction.

Cette attitude permanente de soutien et d'encouragement de l'interaction, manifestée par ces pratiques stratégiques utilisées par les femmes, a pour conséquence directe que parmi les 29 sujets introduits par des hommes, 28 d'entre eux sont repris et développés. Ceci montre bien que l'enjeu se situe sur le plan du travail exigé pour qu'une conversation puisse se dérouler. Ce travail n'étant pas fait par les hommes, les femmes n'arrivent pas à imposer leurs sujets. Elles peuvent bien en introduire une quantité, si les hommes ne leur répondent pas, les interrompent, leur font comprendre qu'ils ne sont pas intéressés, bref, ne s'engagent pas dans l'interaction et ne soutiennent pas l'interlocutrice, les sujets des femmes resteront à l'état d'embryon. Si les hommes ne collaborent pas, les sujets des femmes resteront des propositions non retenues.



Mise à jour le Dimanche, 17 Avril 2011 14:13