De la dictature à la démocratie - Chapitre 4 : Les faiblesses des dictatures PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 16 Mai 2011 12:23
Index de l'article
De la dictature à la démocratie
Chapitre 1 : Faire face avec réalisme aux dictatures
Chapitre II : Les dangers de la négociation
Chapitre 3 : D’où vient le pouvoir ?
Chapitre 4 : Les faiblesses des dictatures
Chapitre 5 : L’exercice du pouvoir
Chapitre 6 : La nécessité de planification stratégique
Chapitre 7 : La planification stratégique
Chapitre 8 : Application de la défiance politique
Chapitre 9 : La désintégration de la dictature
Pour en savoir plus :
Toutes les pages

Chapitre 4 : Les faiblesses des dictatures

Les dictatures apparaissent souvent invulnérables. Les services de renseignements, la police, les forces militaires, les prisons, les camps de concentration et les escadrons de la mort sont sous le contrôle d’un petit nombre de personnes puissantes. Les finances d’un pays, ses ressources naturelles et ses capacités de production sont souvent arbitrairement pillées par les dictateurs qui s’en servent pour satisfaire leur volonté.

En comparaison, les forces démocratiques d’opposition apparaissent souvent extrêmement faibles, inefficaces et impuissantes. Ce sentiment d’impuissance face à l’invulnérabilité du système rend improbable l’émergence d’une opposition efficace. Mais ceci ne suffit pas, il faut aller plus loin.

I. Le talon d’Achille

Un mythe de la Grèce classique illustre bien la vulnérabilité des supposés invulnérables. Contre le guerrier Achille, nul coup ne portait. Nul sabre ne pénétrait sa peau. Alors qu’il était enfant, la mère d’Achille l’avait trempé dans les eaux de la rivière magique Styx. Il était de ce fait protégé de tous les dangers. Il avait toutefois une faille. L’enfant était tenu par le talon pour ne pas être emporté par le courant, l’eau magique n’avait pas recouvert cette petite partie de son corps. À l’âge adulte, Achille paraissait aux yeux de tous invulnérable aux armes de l’ennemi. Néanmoins, dans la bataille contre Troie, un soldat ennemi, instruit par quelqu’un qui connaissait la faiblesse d’Achille, visa de sa flèche le talon sans protection, seul point susceptible d’être blessé. Le coup se révéla fatal. Ainsi, aujourd’hui, l’expression « talon d’Achille » se réfère à l’endroit de la personne, du plan ou de l’institution qui est sans protection en cas d’attaque.

Le même principe s’applique aux dictatures impitoyables. Elles peuvent ainsi être conquises, plus vite et à moindres frais si leurs faiblesses peuvent être identifiées puis attaquées de manière ciblée.

II. Les faiblesses des dictatures

Parmi les points faibles des dictatures, on trouve les suivants :

  • 1. La coopération d’une multitude de gens, de groupes et d’institutions nécessaires au fonctionnement du pays peut être diminuée ou supprimée.

  • 2. Les exigences et les effets des politiques antérieures du régime peuvent limiter quelque peu sa capacité à s’engager de nouveau dans des politiques conflictuelles.

  • 3. Le système peut s’installer dans la routine et perdre sa capacité à s’adapter rapidement à de nouvelles situations.

  • 4. Le personnel et les ressources qui sont affectés à des tâches existantes peuvent avoir du mal à se rendre disponibles pour de nouveaux besoins.

  • 5. Par crainte de déplaire à leurs supérieurs, des subordonnés peuvent ne pas rapporter les informations précises ou complètes dont les dictateurs ont besoin pour prendre des décisions.

  • 6. L’idéologie peut s’éroder, les mythes et symboles du système peuvent devenir instables.

  • 7. S’il existe une idéologie forte qui influence la perception de la réalité, le fait de s’y attacher trop fermement peut causer une inattention à la situation ou aux besoins réels.

  • 8. La détérioration de l’efficacité et de la compétence de la bureaucratie, ou des contrôles et règlements excessifs, peut rendre inefficaces les politiques et les opérations du système.

  • 9. Des conflits institutionnels internes, des rivalités ou hostilités personnelles peuvent nuire au fonctionnement de la dictature ou même la déstructurer.

  • 10. Les intellectuels et les étudiants peuvent perdre patience en raison des exigences de la dictature, des restrictions, du dogmatisme et de la répression.

  • 11. Le public en général risque, au fil du temps, de devenir indifférent, sceptique, ou même hostile à l’égard du régime.

  • 12. Les différences de classes, régionales, nationales ou culturelles peuvent s’exacerber.

  • 13. La hiérarchie d’une dictature est toujours quelque peu - et même parfois très fortement - instable. Les individus ne restent pas au même niveau, ils peuvent monter ou descendre des échelons ou même être complètement écartés et remplacés.

  • 14. Des sections de la police ou des forces militaires peuvent profiter de situations pour atteindre leurs propres objectifs, même contre la volonté du dictateur en place, y compris par un coup d’État.

  • 15. Si la dictature est récente, elle a besoin de temps pour devenir stable.

  • 16. Avec tant de décisions prises par si peu de personnes, les dictatures sont exposées aux erreurs de jugements, de politiques et d’actions.

  • 17. Si, pour éviter ces dangers, le régime décentralise les contrôles et les pouvoirs de décision, il perd de sa maîtrise sur les leviers centraux du pouvoir.

III. Attaquer des faiblesses des dictatures

Connaissant ces faiblesses fondamentales, l’opposition démocratique peut délibérément chercher à exacerber ces « talons d’Achille » afin de changer radicalement le système ou de le désintégrer.

La conclusion est claire : malgré leur force apparente, toutes les dictatures ont des faiblesses, des inefficacités internes, des rivalités personnelles, des inefficacités institutionelles et des conflits entre organisations et services. À la longue, ces faiblesses tendent à rendre le régime moins efficace et plus vulnérable aux changements et à une résistance délibérée. Il ne réussit pas à accomplir tout ce qu’il veut. Ainsi, par exemple, certains ordres directs d’Hitler ne furent jamais appliqués car ceux auxquels ils étaient adressés refusaient de les exécuter. Le régime dictatorial peut aussi s’écrouler très vite, comme nous l’avons déjà observé.

Ceci ne signifie pas que les dictatures peuvent être détruites sans risques et sans victimes humaines. Tous les types d’entreprises libératrices entraînent des risques, des souffrances, et nécessitent de la patience. Et, bien sûr, aucun moyen d’action ne peut assurer un succès rapide en toutes circonstances. Néanmoins, les types de luttes qui visent les faiblesses identifiables des dictatures ont plus de chances de réussir que celles qui les attaquent dans les domaines où elles sont les plus fortes. La question est de savoir comment entreprendre la lutte.