La tyrannie de l’absence de structure - Le système des stars PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Mars 2011 06:56
Index de l'article
La tyrannie de l’absence de structure
structures formelles et informelles
la nature de l'élitisme
Le système des stars
L’impuissance politique
Principes pour une structuration démocratique
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Le système des stars

 

La notion "d’absence de structure" a créé le système des "stars". Nous vivons dans une société qui attend des groupes politiques qu’ils prennent des décisions et désignent des personnes déterminées pour les exposer au public en général. La presse, à l’instar du public, ne sait pas écouter sérieusement les femmes en tant que femmes, elle veut savoir ce que pense le groupe. A partir de là, il existe trois techniques pour connaître l’opinion de vastes secteurs : le vote et le référendum, le sondage, et l’allocution de porte-paroles dans les meetings. Le Mouvement de Libération de la Femme n’a utilisé aucune de ces techniques pour communiquer avec le public. Ni le mouvement dans son ensemble ni la majorité des groupes qui le composent n’ont concrétisé une façon de connaître ou de faire connaître leur position sur différents thèmes. Pourtant le public est conditionné à ce qu’il existe des porte-paroles.

 

S’il est clair que le mouvement n’a pas explicitement désigné de porte-parole, il a tout de même poussé plusieurs femmes qui ont attiré l’attention du public pour différentes raisons. Normalement ces femmes ne représentent ni un groupe déterminé ni l’état d’une opinion ; elles le savent et le disent en général, mais étant donné qu’il n’existe pas de porte-parole du mouvement, elles se retrouvent, indépendamment de leur volonté et indépendamment de leur acceptation ou non par le mouvement, à assumer le rôle de porte-paroles. Ceci est l’une des causes principales du ressentiment qu’on éprouve très fréquemment envers ces femmes, que l’on désigne comme "les stars". Etant donné que les femmes du mouvement ne les ont pas désignées pour exposer leur point de vue, celles-ci se sentent offensées quand la presse présume qu’elles le font. Dans la mesure où le mouvement ne désigne pas ses propres porte-paroles, ces femmes se voient entraînées par la presse et le public à assumer ce rôle, indépendamment de leur propre désir.

 

Les conséquences négatives de ce qui précède sont variées, aussi bien pour le mouvement que pour les femmes appelées "stars". Premièrement, parce que le mouvement, en ne les ayant pas désignées comme porte-paroles, n’est pas apte à révoquer leur mandat ; la presse qui les a installées dans ce rôle est la seule qui peut choisir de leur prêter attention ou pas. Celle-ci continuera à chercher des "stars" pour qu’elles jouent le rôle de porte-paroles, dans la mesure où il n’existe pas d’alternatives officielles auxquelles recourir quand on est à la recherche de déclarations représentatives du mouvement. Ainsi, le mouvement manquera de contrôle sur ses porte-paroles, en continuant à croire qu’il ne doit pas en avoir.

 

Deuxièmement, les femmes qui se retrouvent dans cette situation sont fréquemment l’objet de critiques virulentes de la part de leurs soeurs, attitude positive dans l’absolu pour le mouvement mais aussi douloureusement destructrice pour les femmes affectées. Ces critiques conduisent uniquement à ce que ces femmes abandonnent le mouvement - souvent profondément offensées - ou à ce qu’elles cessent de se sentir responsables face à leurs "soeurs" ; peut-être maintiennent-elles une forme de loyauté diffuse envers le mouvement, mais elles cessent d’être affectées par les pressions des autres femmes du mouvement. On ne peut se sentir responsable envers des gens qui sont la cause d’une telle souffrance sans avoir quelque chose de masochiste, et en général, ces femmes sont trop fortes pour se soumettre à ces pressions personnelles. Ainsi, la réaction au système des "stars" encourage de fait le même type d’irresponsabilité individualiste que le mouvement condamne. Le mouvement, en punissant une femme pour son comportement de "star", perd chacune des formes de contrôle qu’elle aurait pu exercer sur elle, qui se sent alors libre de commettre tous les péchés individualistes dont on l’a accusée.



Mise à jour le Vendredi, 15 Avril 2011 08:00