La tyrannie de l’absence de structure - structures formelles et informelles PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Mars 2011 06:56
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La tyrannie de l’absence de structure
structures formelles et informelles
la nature de l'élitisme
Le système des stars
L’impuissance politique
Principes pour une structuration démocratique
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Structures formelles et informelles

 

A l’inverse de ce que nous voulons croire, il n’existe pas de groupe sans structure, ni rien de similaire. Tout groupe de personnes qui, pour certaines raisons, s’unit pendant un temps déterminé et avec un objectif quelconque, se donnera inévitablement une forme ou une autre de structure : celle-ci pourra être flexible et pourra varier avec le temps, peut-être servira-t-elle à distribuer les tâches de manière équitable ou injuste, ou à distribuer le pouvoir et l’influence entre les divers-e-s membres du groupe, en tout cas elle s’adaptera aux personnalités, facultés ou intérêts des personnes du groupe. Le simple fait d’être des individus munis de talents, de prédispositions et d’origines diverses rend ce fait inévitable. Seulement si nous refusions de nous fréquenter, ou d’interagir sur telles ou telles bases, nous pourrions nous rapprocher d’un groupe sans structure, et cela n’est pas exactement la nature d’un groupe humain.

 

Ce qui précède veut dire qu’aspirer à créer un groupe sans structure est aussi inutile et trompeur que prétendre qu’il existe des informations "objectives", que les sciences sociales sont "dégagées des valeurs", ou qu’il existe une économie "libre". Un groupe "laisser-faire" est aussi réaliste qu’une société "laisser-faire" : la notion de groupe sans structure se transforme en un rideau de fumée qui favorise les fort-e-s ou celleux qui peuvent établir leur hégémonie indiscutable sur les autres. Cette forme d’hégémonie peut s’établir très facilement, parce que la notion "d’absence de structure" n’empêche pas la formation de structures informelles : elle n’empêche que celle des structures formelles. De même, la philosophie du "laisser-faire", en économie, n’a pas empêché les puissants d’établir un contrôle sur les salaires, les prix et la distribution des biens ; elle a juste empêché que ce soit le gouvernement qui le fasse. Ainsi, l’absence de structure féministe est en général défendue par celles qui détiennent davantage de pouvoir (qu’elles en soient ou non conscientes).

 

Dans la mesure où la structure du groupe est informelle, les normes selon lesquelles on prend les décisions ne sont connues que de peu de personnes, et la conscience du fait qu’il existe une relation de pouvoir se limite à celles qui connaissent ces normes. Celles qui ne les connaissent pas, ou qui n’ont pas été sélectionnées pour l’initiation, resteront dans la confusion, ou souffriront de l’impression paranoïaque qu’il se passe des choses dont elles n’ont pas pleinement conscience.

 

Afin que toute personne aie l’opportunité de s’investir dans un groupe ou d’en anticiper les activités, la structure de celui-ci devra être explicite, et non implicite. Les normes de prise de décisions doivent être ouvertes et connues de toutes, ce qui n’arrivera que si elles sont formalisées ; cela ne signifie pas que la formalisation de la structure d’un groupe détruit nécessairement sa structure informelle, en général ce n’est pas ce qui se passe, par contre cela empêche que la structure informelle détienne un contrôle prédominant, et en même temps cela offre de meilleurs moyens pour se préserver de gens qui seraient investis sans répondre aux nécessités générales du groupe.

 

"L’absence de structure" est organisationnellement impossible. On ne peut décider de former un groupe avec ou sans structure ; à partir de maintenant le terme "absence de structure" sera employé en référence à ces groupes qui n’ont pas été structurés consciemment sous telle ou telle forme ; à l’inverse nous ferons référence aux "groupes structurés" en parlant de ceux qui l’ont fait consciemment. Un groupe structuré a toujours une structure informelle ou cachée. C’est cette structure informelle, tout particulièrement dans les groupes non structurés, qui crée les bases du développement des élites.

 



Mise à jour le Vendredi, 15 Avril 2011 08:00