Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ». - Le sport du « débat » dans la tradition « libérale-spontanée » PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:36
Index de l'article
Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ».
la forme du débat ou la tradition libérale-spontannée
arguments contre les modérations des débats
En arrière-fond de ces arguments: l'idée de Nature
Le sport du « débat » dans la tradition « libérale-spontanée »
hypocrisie finale
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c) Le sport du « débat » dans la tradition « libérale-spontanée »


Le débat est un sport. Il a ses adeptes, qui sont régulièrement au premier plan, qui aiment s'y mettre en avant. Sur l'espace d'une ville, pour peu qu'on fréquente des débats sur des thématiques proches, on s'aperçoit que facilement, on retrouve les mêmes personnes qui s'expriment. Il y a donc une petite partie des milieux militants, ou de personnes périphériques à ces milieux, qui est habituée, et empiète systématiquement sur l'espace de parole des autres personnes. Mais pour de très bonnes raisons, pour la bonne cause, attention!


Les rapports de classes


Des hommes, blancs, entre 25 et 50 ans, plutôt de classes moyennes voir bourgeoise, expérimentés des débats: voilà le portrait qu'on peut faire des personnes qui dominent le plus souvent les débats. On ne trouve là rien d'original, le milieu militant est imprégné des rapports de domination de notre société, et s'en démarque bien peu. La classe de sexe est parmi ces rapports un de ceux qui sont les plus flagrants, dans le sens où, rapportées à son poids numérique dans la société, la classe des femmes est particulièrement peu représentée dans les prises de parole dans ces « débats ». Parmi les personnes qui sont intervenues durant cette conférence, il y eut une femme seulement, avec quelques interventions en pointillé, pour une huitaine d'hommes, dont je faisais partie, aux interventions plus écoutées et plus longues.


La dynamique des débats


La prise de parole est pour le moment, dans ces « débats », un sport à risques très inégalitaire. Seules les personnes les plus entraînées et/ou celles qui ont le plus envie d'en « découdre » peuvent soutenir la pression qu'on ressent particulièrement si on ne fait pas partie des deux catégories précitées.

Comme à la télévision, le rythme est soutenu. Il faut savoir s'infiltrer au bon moment dans la reprise de souffle d'un concurrent, ou au détour d'une hésitation bienvenue pour s'approprier la parole, si possible avec le sens de la formule-choc, des déformations multiples qu'on peut faire subir à la parole de la personne sur qui on se greffe, de la gestuelle. Il faut être capable de débiter vite, sous pression (à la moindre hésitation, on se fait couper). Il faut être capable de parler fort, de s'imposer par le timbre de voix.


Les rétributions


Pourquoi cette lutte? Que rapporte donc l'espace de parole qui mérite qu'on se batte pour lui?

L'espace de parole ressemblait ici à une arène publique.


Il n'y a pas trop de place à l'hésitation, à la suggestion, aux pistes de réflexion, bref, il n'y a pas de place pour le doute, ce qui explique la qualité souvent médiocre, en terme de dynamique de réflexion collective, de ces débats. Plus on joue à la guerre, moins on enrichit mutuellement nos réflexions.


On perd vite l'équilibre à ce jeu là. Plus la pression est grande (parole coupée, déformation de propos, agressivité...), plus il est difficile de se maintenir dans l'espace de parole. Le nombre de personnes pouvant s'exprimer est alors moindre, la diversité des discours se réduit, et chaque personne qui parvient à se maintenir a beaucoup plus de poids que dans un débat plus « large ». Les chances de parvenir à « imposer » un discours sont beaucoup plus grandes, le nombre de concurrents s'étant réduit.


Les gains, pour qui sait maîtriser la forme du débat, sont énormes: si une personne sait imposer son style d'argumentation, elle aura l'avantage pour ensuite imposer ses idées.


Comme toute filouterie, le procédé passera la plupart du temps inaperçu. Ce seront les autres qui auront été « trop timides » et jamais cette personne qui les aura privé de leur espace de parole.



Mise à jour le Lundi, 28 Mars 2011 12:22