Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ». - En arrière-fond de ces arguments: l'idée de Nature PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:36
Index de l'article
Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ».
la forme du débat ou la tradition libérale-spontannée
arguments contre les modérations des débats
En arrière-fond de ces arguments: l'idée de Nature
Le sport du « débat » dans la tradition « libérale-spontanée »
hypocrisie finale
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b) En arrière-fond de ces arguments: l'idée de Nature.

 

Ces trois discours ne sont pas repérables de façon aussi séparée dans les discours. Ils sont relativement proches, s'entremêlent, se renvoient parfois les uns aux autres, etc.

 

La tradition, c'est les racines, l'héritage de quelque chose qui est bon parce que ca a toujours été là. Si c'est ancien, c'est mieux, parce que ça se rapproche de l'état de Nature, avant que la société ne nous « corrompe ». D'une façon plus religieuse, ça renvoie à l'idée d'une origine parfaite, d'un dieu créateur.

La spontanéité, c'est l'instinct. C'est ce qui en nous est non contrôlé. C'est ce qui est opprimé par la société et qu'il convient de « libérer » pour retrouver un fonctionnement « naturel ». Toute tentative autre, qui vise à définir un « cadre » collectif est suspecte de totalitarisme sous cet angle.

La « libre concurrence », c'est une théorie de l'autorégulation: les rapports de force s'ajustent spontanément, au bout d'un certain temps. Il faut laisser les mécanismes naturels faire leur oeuvre, laisser jouer librement les rapports de force, et le meilleur équilibre possible pour la société sera atteint.

 

Tradition, spontanéité et libéralisme sont trois façons d'invoquer l'idée de Nature. Cette idée de Nature est profondément réactionnaire. Elle signifie que les règles de la société se situent en dehors de la société, dans un ordre plus grand, qu'on appelait auparavant « dieu » et qu'on appelle désormais « nature » grâce au vernis pseudo-scientifique. Que c'est cet ordre, que seules certaines personnes connaissent et dont elles se font volontiers les porte paroles qui est à appliquer le plus fidèlement possible dans la société.

 

On évite de questionner la société présente de deux façons:

 

1 en défendant des phénomènes critiqués en disant:

« c'est naturel », on ne peut rien y changer.

Mais bon, il y a certaines personnes têtues qui ont l'outrecuidance de proposer de nouvelles règles pour changer ces choses dont on se fiche de savoir si elles sont Naturelles ou pas vu qu'on est vraiment têtuEs. Dans ce cas, changement de stratégie:

 

2 en refusant des mesures correctrices face à ces phénomènes en disant:

il ne faut pas changer la nature des gens

(ou « briser la spontanéité », « empêcher que chaque personne développe son potentiel », « casser les traditions »)

 

Noter la belle contradiction entre les présupposés de la stratégie 1 et de la stratégie 2: soit la société est inchangeable, car ses fonctionnements ont des fondements « naturels », et la Nature elle même est inchangeable, soit tout ceci est fragile, peut être changé, doit être préservé. La Nature ne peut être à la fois inchangeable et menacée!1

Dans tous les cas, ces arguments visent à préserver/renforcer un ordre établi, une position de pouvoir, en l'occurrence, celle qui existe habituellement dans les « débats ».

 



Mise à jour le Lundi, 28 Mars 2011 12:22