Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ». - arguments contre les modérations des débats PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 26 Mars 2011 08:36
Index de l'article
Le ring libéral: retour sur la dynamique d'un « débat ».
la forme du débat ou la tradition libérale-spontannée
arguments contre les modérations des débats
En arrière-fond de ces arguments: l'idée de Nature
Le sport du « débat » dans la tradition « libérale-spontanée »
hypocrisie finale
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a) Arguments contre les « modérations de débats »


Certains arguments ont été opposés, dans ce cas, ou plus généralement, à une mise en place d'une modération, par exemple, où chaque personne désirant parler doive lever la main avant de s'exprimer. Ils correspondent, pour simplifier, à trois types de justification, à trois « légitimités »:


§légitimité traditionnelle: ca se passe toujours comme ca d'habitude, on ne va pas changer maintenant.


C'est un registre à priori surprenant dans des organisations qui ont pour but explicite un changement social, plus ou moins grand (dans le cas présent, faire cesser l'exploitation animale, ce qui peut être considéré comme un changement important), que de justifier les structures par leur antériorité. Mais ces structures correspondent aussi à des personnes qui s'y sentent bien, qui savent y être dominantEs, et qui n'ont aucun intérêt à ce que ça change.



§légitimité spontanéiste: Si tu proposes des règles pour prendre la parole, plus personne ne voudra parler. La parole doit (et ne peut qu') être spontanée.


Dans cette idée, le social a quelque chose de « magique ». C'est une force obscure avec laquelle nous ne devons pas jouer, au risque de perturber un équilibre fragile. Autre version: si on doit réfléchir à ce qu'on fait, alors c'est prise de tête, on a plus trop envie de le faire. Réfléchir sur la forme de l'action tue le désir de la faire. Argument choc: de toute façons, seules les choses spontanées sont bonnes, tout ce qui est explicitement cadré est le témoin d'une défaillance de cette spontanéité, voir aggrave le problème, cadrer les actions c'est « dénaturant » (dire stalinien dans certains milieux).

Il est frappant de voir que des personnes qui militent et ne restent pas à attendre un changement « spontané » des mentalités tiennent ce discours. L'activité militante, qui se structure toujours un minimum de façon explicite, serait impossible si on allait au bout de la logique spontanéiste.


§légitimité libérale (à part le « laisser faire », aucune alternative):

Il n'est pas choquant que des hiérarchies s'installent, c'est même positif. Que ce soient les personnes qui ont le plus de connaissances et le plus de maîtrise de la parole qui soient le plus entendues est normal, on ne peut pas faire autrement, c'est le seul moyen de diffuser la connaissance. Si on laisse faire les choses « naturellement », ce sont les idées les mieux défendues, les plus pertinentes, qui seront le plus entendues. Ne pas intervenir dans la forme du débat permet donc la meilleure diffusion de la connaissance possible.


Là aussi, surprise: que des justifications empruntant à la pensée libérale puissent avoir droit de cité dans des courants proches de l'anticapitalisme paraît être à première vue une aberration. Mais pas du tout, il faut croire, soit que les personnes sont capables d'un double discours assez extraordinaire, soit que nos « défenses intellectuelles » ne sont pas assez aiguisées, que ces discours gangrènent tous les milieux, soit ces deux hypothèses à la fois.



Mise à jour le Lundi, 28 Mars 2011 12:22