Il y a un déficit d'éducation populaire (politique) certain en France. PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 24 Octobre 2011 08:47
deficitIl y a un déficit d'éducation populaire (politique) certain en France. C'est pour cette raison qu'un mouvement des indignés en France dans l'immédiat est difficile, pas impossible, mais difficile. Et un mouvement social de la même ampleur qu'en Tunisie, encore plus difficile, pas impossible, mais très difficile. Les Think Tanks (TT) sont bien souvent à l'opposé des pratiques d'éducation populaire, les experts qui les composent travaillent avec l'élite de la nation pour l'élite de la nation, ils travaillent avec les classes dominantes pour les classes dominantes. De toute façon, pas besoin de TT pour la pensée critique, il y a de nombreux chercheurs indépendants, collectifs, syndicats, associations, en France qui produisent une littérature scientifique, critique, politique très intéressante, mais elle est peu diffusée.

Il y a des relais d'éducation populaire à créer, ce n'est pas la matière grise qui nous manque ni les intellectuels critiques, ce sont les moyens de diffusion dans les classes populaires, les relais.

Cependant, l'éducation populaire ne s'improvise pas aussi facilement que l'on pourrait le croire, sans moyens elle s'épuise vite ou/et reste ouverte à quelques esprits avertis déjà très politisés. Les universités populaires sont un exemple de ces structures dites d'éducation populaire qui ne touchent qu'une minorité éclairée de la population, des BAC+4, en bref, elles ne diffusent pas. Quelques associations d'éducation populaire fabriquent parfois de très bons outils, mais de la même manière, ont souvent du mal à toucher un public moins averti qu'eux-mêmes. Il en est de même des coopératives politiques existantes même si elles font souvent un très bon travail.

L'éducation populaire doit parvenir à conjuguer convivialité familiale, pour faire venir les familles comme les "individus" ; pratiques sociales, pour en démontrer l'utilité, on ne touche pas les classes populaires si on parait ne faire que du blablabla ; politique, sans formatage ni dogmatisme, mais en promouvant l'autonomie, l'éducation et l'émancipation ; et enfin une dimension temporelle. L'éducation populaire ne méritera ce nom que lorsque la population d'un quartier, d'un village, d'un bourg se sera appropriée le concept, parlera de politique à la maison en famille, et construira des projets collectifs, c'est un processus long. L'éducation populaire c'est aussi sortir d'une certaine forme de narcissisme juvénile diffusée par les grands médias. C'est moins sexy, mais c'est plus fraternel.

Tous ceux qui se sont retrouvés confronter dans leurs pratiques militantes  à chacune de ces dimensions (famille, social, politique, temps, autonomie, émancipation, etc.) se sont rendus compte du travail que ça représentait, et de l'importance des pertes du capital politique (l'ethos ouvrière) de ces 30 dernières années. Pas facile, mais pas impossible, comme le diesel, c'est le démarrage qu'est long, après quand c'est parti, c'est difficile à arrêter...

Extrait de http://blogs.mediapart.fr/blog/hastal/030811/think-tank-populaire-de-loxymore-au-deficit-deducation-populaire

Mise à jour le Mardi, 25 Octobre 2011 13:29