L'éducation populaire toujours recommencée... PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 12 Avril 2011 08:09

cerveau_paysage«Éducation populaire»…expression surannée suspecte, même, de quelque volonté d'«"éduquer le peuple», voire de l'enrégimenter pour les uns et  pour d'autres, une nécessité voire une urgence, comme ATTAC qui se revendique "mouvement d'éducation populaire".Mais au fait c'est quoi l'éducation populaire ?

Dès ses racines à la Révolution avec le rapport Condorcet, puis au XIXème siècle avec la Ligue de l'Enseignement, les cercles ouvriers, l'expression porte une ambigüité. S'agit-il, pour «ceux qui savent»,  d'"éduquer le peuple à la citoyenneté", ou d'une auto-éducation du peuple, par le brassage de l'intelligence et des cultures de chacun ? De "rendre la culture au peuple" ou de "rendre le peuple à la culture" ?

La controverse traverse trois siècles, et on n'en est pas sorti... C'est une fracture jamais vraiment réduite entre "instruction" et "éducation", entre "pédagogues" et "transmetteurs du savoir", entre "culture populaire" et "culture savante", entre "experts" et "citoyens", entre "amateurs" et "professionnels". Un clivage institutionnel qui se traduit par l'existence du ministère de la Culture, pour les professionnels, et un ministère bâtard de la Jeunesse et des Sports, chapeautant la vie associative et des pratiques artistiques amateurs vidées de leur contenu politique.

Finkielkraut versus Rancière. Pourtant, Molière aurait-il existé sans être nourri des farces et de la comedia dell'arte, formes éminemment populaires ? Faut -il tomber dans l'alternative stupide "emmener les jeunes de banlieue à l'Opéra, ou les encourager à faire du rap ?", comme si les pratiques étaient obligatoirement exclusives ? Ces clivages, il est plus que temps de les faire exploser. L'Éducation populaire, c'est comme la prose chez monsieur Jourdain. Beaucoup en font sans le savoir, sans en prononcer le nom, et ce dans de très nombreux domaines : l'action culturelle, les associations environnementales, les organismes militants où on se prend en charge et où on développe ensemble ses capacités d'expertises. En redevenant sujet, et non simple auditeur d'experts (ce qui n'empêche pas ces derniers d'en être partie prenante). "Act up" en est un bon exemple, comme le DAL, ou les associations de sans-papiers. Et sans mythifier ce qui n'est qu'un outil, Internet peut en être un formidable vecteur, dans la capacité à mettre des connaissances de tous à disposition de chacun.

À condition que l'on ne s'en contente pas, que la transmission des savoirs et des expériences passe des échanges virtuels à l'action dans le réel. Parce que l'enjeu de l'éducation populaire porte un très beau nom, tombé en désuétude : l'émancipation.

Pour aller plus loin : http://www.horschamp.org/rubrique.php3?id_rubrique=135

Sur l'histoire : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ducation_populaire

Concernant la naissance de l'éducation populaire et Condorcet son initiateur : http://www.oboulo.com/rapport+condorcet
Mise à jour le Mardi, 12 Avril 2011 13:14