Enquête et conscientisation - Le dialogue PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 28 Mars 2011 08:03
Index de l'article
Enquête et conscientisation
«Pas d'enquête, pas de droit à la parole»
Un patrimoine en friche
CONCEPTION SOLIDARISTE DE L'ENQUETE
Reconquête de la parole
Le dialogue
Toutes les pages

Le dialogue

Non seulement le langage est à l'origine du changement, mais il est constitutif des normes et des valeurs de toute communauté. Seule une pratique nouvelle de l'échange et de la discussion permettra d'entrevoir la vérité (13). La question de savoir qui parle, qui dialogue avec qui, devient alors une question fondamentale pour la démocratie émancipatrice.

C'est pourquoi la réflexion sur l'enquête conscientisante et la prise de parole a été pour les militants solidaristes un élément essentiel dans leur rupture avec les déviations propagandistes de la gauche.

C'est ainsi qu'après avoir connu plusieurs échecs, l'Association populaire d'entraide a placé le dialogue comme premier pas dans la relation entre les militants et les personnes ayant une conscience soumise.

Il s'agit là d'un dialogue au sens premier, d'une discussion entre deux personnes et pas plus. En effet, on ne passe pas facilement du silence et de la soumission à un débat collectif. Le dialogue est donc un point de départ, un premier pas qui débouchera on l'espère sur d'autres.

Naturellement, ce dialogue tel qu'il est pratiqué n'est en aucun cas une méthode d'endoctrinement ou d'assujettissement à des idées particulières, à la différence du travail de «bouton de veste» ou de «suivi individuel des contacts» pratiqué par les sectes politiques.

Il ne part pas de la parole de l'association pour en faire la base de la discussion, mais au contraire de la parole de l'autre, de ses désirs et des choses ressenties.

Ce dialogue n'est donc pas un acte de propagande mais il n'est pas non plus un simple échange d'opinion entre gens de bonne compagnie. C'est un acte créateur.

«Il n'y a ni ignorants ni savants absolus : il y a des hommes qui, ensemble, essaient de savoir davantage» (Paolo Freire, opus cité). S'il s'agit de dialogue et non d'une relation à sens unique, le militant utilisant la méthode de l'enquête ou du questionnaire ouvert (questions n'impliquant pas de réponses prédéfinies) est en position d'apprendre.

Cela implique une compréhension profonde du sens de la démarche et une volonté de comprendre l'autre autrement que d'une manière statistique, comme un objet d'étude. C'est la grande différence entre l'enquête dialoguante telle qu'elle est pratiquée par l'Association populaire d'entraide et le travail d'un sociologue.

Vouloir dialoguer, ce n'est pas simplement vouloir savoir pour pouvoir contrôler, c'est avant tout vouloir se changer soi-même au contact de l'autre.

«Les erreurs commises par un mouvement ouvrier vraiment révolutionnaire sont historiquement infiniment plus fécondes et plus précieuses que l'infaillibilité du meilleur Comité Central» disait Rosa Luxembourg avec les mots de son temps (14).

Aujourd'hui, alors que des dizaines de milliers de militants politiques, syndicaux ou associatifs cherchent une alternative aux échecs manifestes du communisme stalinien et d'un socialisme corrompu par l'exercice du pouvoir, les pratiques autogestionnaires peuvent offrir de riches idées pour un renouveau.

L'enquête n'est naturellement qu'un aspect de celles-ci. Elle mérite toutefois qu'on s'y intéresse en profondeur dans la mesure où c'est un des moyens les plus sûrs de renouer avec des pratiques de terrain dont on parle beaucoup mais que peu mettent réellement en oeuvre 

(1) Dictionnaire «Petit Robert» 1974

(2) Raymond Debord : «Parti et masses, Rosa Luxembourg contre Lénine en 1905» (in. Prométhée n°35, 1998)

(3) Mao Zédong : «de la pratique» in Ecrits choisis en trois volumes, vol. 1 (éd. Maspéro 1976)

(4) Eric Hobsbawn : l'âge des extrêmes, histoire du court XXème siècle (éd. Le Monde Diplomatique / Complexe 2000)

(5) Patrick Kessel : le mouvement maoïste en France , tome 1 (éd. 10/18 1978)

(6) Michael Löwy : «marxisme et théologie de la libération» (Cahiers d'étude et de recherche n°10, 1998)

(7) Paolo Freire : Pédagogie des opprimés (éd. Maspéro 1974)

(8) Bernard Cassen : «Démocratie participative à Porto Alegre» (in. Le Monde diplomatique, août 1998)

(9) Colette Humbert : conscientisation, expériences, positions dialectiques et perspectives (éd. L'Harmattan)

(10) Alain Bihr : entre bourgeoisie et prolétariat , l'encadrement capitaliste (éd. L'Harmattan)

(11) Article «l'avenir socialiste des syndicats», reproduit dans : Larry Portis Georges Sorel, présentation et textes choisis (éd. La Brèche 1982)

(12) Pierre Bourdieu : contre feux 2 (éd. Raisons d'agir, 2001)

(13) Jürgen Habermas : vérité et justification (éd. Gallimard, 2001)

(14) Article de 1905 «Centralisme et démocratie», repris en annexe à «Réforme ou révolution (éd. Spartacus, 1972)

 Télécharger Enquête et conscientisation (2001)
Nom du Fichier : Enquête et conscientisation (2001) (Détails)
Vignettes :
Type : doc
Version :
Taille : 81.00 Kb
Votre Vote : 



Mise à jour le Dimanche, 17 Avril 2011 14:23